CORINTHE - 1975
Âge du Fer - Protogéométrique - Géométrique
Antiquité - Archaïque - Classique - Hellénistique - Romaine
Archaia Korinthos, Palaia
Corinthe. — Fouilles de l'École américaine. En 1975, sous la direction générale de , la fouille s'est poursuivie dans les secteurs du forum et de la colline du temple.
Forum romain. — Dans la même zone que l'an dernier (entre l'extrémité Ο de la stoa S et la tour S des « boutiques Ο »), la recherche a plus particulièrement porté sur les niveaux anciens. Dans la tour S on est descendu jusqu'à un niveau de contexte Géométrique Moyen II-Géométrique Récent, riche aussi en céramique préhistorique, où l'on a trouvé une tombe et un puits (75.3) comblé au début du Géométrique Récent. À l'Ε de ce puits, une fosse (2,5 x 1,75 m), de fonction indéterminée, a fourni de la céramique commune, de la belle céramique corinthienne datée entre ±460 et 440 et des amphores, dont trois fabriquées à Chio et trois amphores puniques (fig. 24). La structure distincte la plus ancienne dans cette zone est un bâtiment partiellement exploré en 1974 : BCH 99 (1975), p. 603, « pièce en forme de losange », et, en fait, pentagonal. Construit entre 450 et 425, d'après la céramique trouvée dans le remblai du sol, il est longé, à l'Ε, par un égout installé entre 425 et 400. Au S du bâtiment pentagonal on a dégagé trois pièces d'un établissement de bains (fig. 22 ; le Ν est à gauche). Celle du NE (3,3 x 3,1 m) est en partie occupée par un réservoir cimenté dont l'eau devait être chauffée par le foyer, au S de la pièce NO, contiguë. La salle de bains proprement dite, au S, est pavée d'une mosaïque de galets noirs et blancs d'environ 4,6 m de côté. Le motif de son angle NE, un centaure poursuivant un félin (fig. 23), donne son nom au bâtiment («Centaur Bath»). Dans l'angle NO est représenté un âne ityphallique (visible sur la fig. 22). Le panneau central forme une roue à quatre rayons. C'est 20 cm au-dessus de cette mosaïque que s'était fondée la double tombe voûtée de la fin du VIe siècle ap. J.-C. découverte antérieurement.
Au NO du bain, une fosse (diam. = ±0,90 m), creusée après 350 av. J.-C. jusqu'à environ 2 m sous le sol de la rue, semble pouvoir être interprétée comme une favissa. On y a en effet recueilli une grande quantité de vases miniature de formes très variées, les unes traditionnelles (kalathiskos, phiale, brûle-parfum) ou courantes (oenochoé, cratère, kotyle), les autres inattendues pour des objets votifs : amphore du type A de Corinthe. Au-dessus d'une couche, riche en objets datant de 325-300, qui a recouvert l'installation balnéaire, on a construit, à l'époque hellénistique, un nouveau bâtiment comportant un bassin cimenté encastré dans un sol de galets.
Les niveaux romains ont été plus particulièrement étudiés dans la zone entre la rue N-S et la colonnade archaïque qui prolonge vers le Ν le côté Ο de la stoa S (fig. 25). La chronologie est plus complexe que ne le laissaient supposer les fouilles de 1974.
Le secteur SE de l'intersection des routes N-S et E-O (cette dernière coupée ensuite par l'installation du « long rectangular building ») est occupé par un bâtiment romain ancien qui présente trois phases de construction. La première, qui semble précéder l'établissement du carrefour, car le mur Ν est alors en retrait de 3,4 m sur la rue E-O, date de la fin du Ier siècle av. J.-C. Puis, dans la première moitié du Ier siècle ap. J.-C, après la construction de la chaussée, l'édifice s'étend au Ν jusqu'à l'alignement de celle-ci. Enfin la construction du long bâtiment rectangulaire, sous le règne de Néron, provoque le déplacement de l'entrée du Ν à l'Ο.
Ce long bâtiment rectangulaire (23,90 x ±5,5 m), dans un piètre état de conservation (fig. 26), n'est pas identifié. Il ne comportait pas de colonnade. Du côté E, il semble avoir beaucoup souffert, sans doute lors du tremblement de terre de 365 (monnaies de 243 à 361 ap. J.-C), et cette partie a été abandonnée.
Vers l'Ο en revanche, le mur S a été renforcé, vers les IXe/Xe siècles, par des contreforts et servait encore au Xe siècle au moins (monnaie de Romanus I : 919-944).
Devant la façade Ν on avait vraisemblablement érigé deux colonnes d'acanthe, l'une à l'Ε et l'autre à l'Ο d'après les lieux de trouvaille des six tambours restants (hauteur probable : 5,25 m), mais leurs fondations n'ont pu être identifiées.
L'entrée du forum subsistant entre la stoa et le long bâtiment rectangulaire a été munie d'une porte (fig. 25) sans doute contemporaine de ce dernier. Les destructions ultérieures n'ont toutefois laissé subsister aucun contexte stratigraphique susceptible d'apporter une datation. On ne peut qu'affirmer sa postériorité par rapport à la stoa S et à l'alignement de colonnes archaïques remployées. Les quelques rares éléments dont on dispose (l'attribution des fragments d'épistyle n'est pas assurée) n'autorisent qu'une reconstitution hypothétique (fig. 27). V. Hesperia 45 (1976), p. 99-162.
Colline du temple. — Conduites par , les fouilles ont porté sur trois secteurs de cette colline : la basilique, les carrières romaines, la rue.
Dans la basilique, la chapelle funéraire S a été entièrement dégagée ainsi qu'un ossuaire paléochrétien, réutilisé à l'époque byzantine (coupe en bronze). À l'époque byzantine également, on a déplacé de 0,60 m vers le S la colonnade S de la nef (état représenté sur le plan de BCH 99 [1975], p. 608, fig. 44). Le torse d'une statue féminine d'époque romaine a été trouvé remployé dans un mur.
La fouille de la carrière a livré, avec des débris provenant du sac de la ville par Mummius (notamment des terres cuites architecturales du temple du VIe siècle) et de la céramique romaine, une plaquette de plomb (fig. 28) épigraphe, boustrophédon, qui semble être une liste ou un calendrier de sacrifices non postérieur à 600 av. J.-C, et un sceau cylindrique (fig. 29) avec un motif de deux serpents entrecroisés séparant un mouton et un lion (?) en haut d'une zone où l'on distingue un homme et un mouton. Ce sceau d'origine syrienne, daté, d'après le style, de 2600 av. J.-C, peut avoir servi d'amulette avant d'avoir été offert en ex-voto au temple avant l'incendie de 580. Une drachme en argent de Corinthe datant de 450-430 av. J.-C a été également retrouvée, percée de deux trous pour être utilisée comme pendentif. Le dégagement de la carrière a permis des observations sur la technique d'extraction.
Au Ν du temple, sous les restes d'une ferme turque du XVIIIe siècle et des niveaux byzantins et romains, on a mis au jour une route N-S et des propylées datant du VIe siècle av. J.-C. (fig. 30 ; Γ-Δ /10-11). Cette route rejoint en Δ-Ε la route E-O qui date, elle, de ±625 et se dirige non pas vers la fontaine Glauké mais oblique, au S, vers la façade Ο du temple. Il y avait donc, avec l'escalier archaïque diamétralement opposé, au SE, deux accès à la terrasse du temple. Le long du mur Ν du téménos et à l'intérieur de celui-ci, on a découvert un vaste puits (diam. = 1,5 m) resté en usage jusqu'à l'époque turque. Il sera fouillé en 1976.
La céramique recueillie sur l'ensemble de la fouille va du Néolithique à l'époque turque.
Sanctuaire de Démêter et Korè. — nous donne un ultime rapport — auquel ajoute un appendice numismatique — avant la publication définitive. C'est un bilan des fouilles de 1971/1973, dont il a été rendu compte au fur et à mesure dans cette Chronique. Nous n'en reprendrons donc que les conclusions générales.
Les limites du sanctuaire sont maintenant connues et la disposition d'ensemble, avec une terrasse inférieure réservée à des salles de repas et des terrasses moyenne et supérieure occupées par des édifices cultuels, apparaît clairement (vue générale : BCH 97 [1973], p. 294, fig. 82 ; plan, ici, fig. 31 à 33). Aux divinités honorées dans ce téménos, il faut vraisemblablement associer un type rare de Dionysos-Hadès, attesté par un graffito, des masques en terre cuite, dont l'un (fig. 34) présente les cornes caractéristiques, et la représentation d'un panier de serpents sur la mosaïque de la terrasse supérieure.
La topographie et la chronologie des installations sont maintenant fixées (toutefois, l'étude étant encore en cours, les plans publiés ici ne peuvent être considérés comme définitifs).
La route d'accès (BCH, ibid., p. 293) est une dérivation de la route qui se dirige vers l'Acrocorinthe ; y ouvrent l'entrée principale, sans doute dépourvue de porte, suivie du grand escalier qui monte vers le S, une entrée annexe à l'Ο et peut-être une troisième, à lΈ. La terrasse inférieure a connu trois importantes phases de construction. Du VIe siècle à la fin du IVe siècle av. J.-C, l'édifice principal est constitué (en M-N 20-26) d'un alignement d'au moins cinq, peut-être sept, salles, entourées sur leurs quatre côtés de lits de repas (fig. 35). Peu après 450 les salles de repas deviennent plus complexes (BCH 97 [1973], p. 204, fig. 83), comportant parfois une installation de douche ( ?) et une cuisine. Une troisième construction les remplace en L-M 28 (fig. 36). C'est un bâtiment à trois pièces aux murs stuqués. L'accès à la pièce principale se fait par une sorte d'antichambre — cuisine ? — salle de bains où s'ouvre une citerne de 4 m de profondeur et où l'on trouve, dans un angle, un espace (de douche ?) muni d'une évacuation d'eau et une cuvette surélevée. La seconde annexe à la salle de repas comporte une banquette formant siège et non plus lit. Il est possible que ce local ait été utilisé jusqu'en 146.
Sur la terrasse supérieure trois petits édifices ouvrent au Ν comme, du reste, presque toutes les salles de la terrasse inférieure. L'édifice central, au débouché de l'escalier, est le mieux conservé. La mosaïque (BCH 98 [1974], p. 600, fig. 63) conserve intacte la dédicace : Ὀκτάβιος Ἀγαθόπους | νεωκόρος ἐψηφοθέτησε | ἐπὶ Χαρᾶς ἱερεῖας νεωτέρας, qui atteste l'existence d'une prêtresse éponyme. De la céramique et vingt monnaies, dont la plus tardive est de Valens, datent la destruction — par des Visigoths, des chrétiens ? — de la fin du IVe siècle. La date de construction s'établirait dans la première moitié du Ier siècle ap. J.-C.
La période d'occupation du site ne se limite pas, toutefois, à celle des bâtiments mis au jour. Sur la terrasse inférieure en effet deux tombes (HR III C et Protogéométrique), un mur (HR III C), une abondante céramique géométrique et protocorinthienne, attestent une ancienne occupation (déjà de caractère religieux ?) du site, tandis que vingt-quatre tombes paléochrétiennes prolongent son histoire jusqu'au VIe siècle ap. J.-C. Hesperia 43 (1974), p. 267-307, pi. 53-60.
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