TIRYNTHE. - 1977
Âge du Bronze - Bronze Ancien - Bronze Récent
Âge du Fer - Fer ancien/Submycénien
Tirynthe, Tiryntha, Tiryns
La campagne d'été de 1977, dirigée par pour le compte de l'Institut allemand, a porté exclusivement sur la citadelle basse. Les trois objectifs principaux étaient : 1) un complément d'enquête dans plusieurs secteurs anciennement fouillés (galeries souterraines, bâtiment 1, « fortification HA », maison absidale et enceinte mycénienne) ; 2) l'exploration des couches profondes dans le région de la cour et du sanctuaire (LX-LXII/39-41) ; 3) l'extension méthodique de la fouille vers le Sud (LXI-LXII/42-43). Pour le plan général du site on se reportera à la précédente Chronique (BCH 101 [1977], p. 548, fig. 77).
1) A l'entrée des galeries on a retrouvé le mur de soutènement qui bordait la rampe d'accès à l'Est, du côté de la colline. Directement posé sur le sol de la phase HA II, sans aucune tranchée de fondation, il s'était en partie effrondé sur la rampe. Parmi les pierres écroulées et dans le mur lui-même on a recueilli de la céramique HR III C. L'aménagement de la rampe, dont le départ était marqué par un seuil de pierre massif, amena quelques remaniements dans le bâtiment 3 (LXI/36-37). Un nettoyage a permis de découvrir, encastré dans le sol de l'une des pièces, les restes d'un troisième bassin en plomb. Sous le sol on a trouvé une figurine en faïence qui représente un singe et porte le cartouche d'Aménophis II (fig. 65). Elle est de même fabrique que celle de Mycènes publiée par Pendlebury (Aegyptiaca, p. 55 n° 85).
Le relevé des galeries au l/50e a été complété par W. Schnuchel en vue de la publication. On a pu observer à cette occasion que les deux galeries avaient une tranchée de fondation commune (7 x 21 m environ) et que leur construction était bien contemporaine de celle du rempart. A l'extrémité du couloir Sud, au niveau de la nappe phréatique mycénienne, la faille du rocher avait été aménagée en bassin.
L'élévation du rempart a pu être reconstituée dans ce secteur à partir du module des casemates. La hauteur de l'œuvre en pierre est estimée à 9 m pour le parement interne, soit 12,50 m pour le parement externe.
Dans le bâtiment 1 une coupe stratigraphique effectuée entre le mur Est et le rempart a montré que toute cette zone avait été raclée jusqu'au rocher lors de l'implantation du bâtiment et des galeries (HR III B).
Le mur dit de « fortification HA » s'est révélé être le mur Est d'un ensemble de pièces, qui fut amputé à l'Ouest par la tranchée de fondation du bâtiment 1. Sur le sol de l'une d'entre elles on a retrouvé une meule et les restes d'un foyer. En tout état de cause aucun élément ne permet d'interpréter ce mur comme une fortification du type de celle de Lerne.
Dans le secteur Dragendorff (LXII-LXIV/38-39) la vaste maison absidale et les constructions voisines ont été relevées en détail. Le contexte architectural et le matériel recueilli dans quelques sondages indiquent clairement que la maison, longtemps datée de l'Helladique Moyen, appartient en fait à l'Helladique Ancien.
Contre la muraille Est enfin un nettoyage de la coupe LXIV-LXV/38 a mis en évidence la « tranchée de fondation » du rempart mycénien qui, sur une hauteur de 3,20 m et une largeur de 0,50 m, avait coupé verticalement les couches HA jusqu'au rocher. Dans le remplissage de la tranchée aucun tesson n'était postérieur au HR III B.
2) Dans la cour et les bâtiments adjacents (LXI/40-41) la fouille s'est enfoncée de 0,50 m, jusqu'à l'avant- dernier niveau d'occupation mycénien. Le schéma d'implantation est le même que pendant la phase finale : une cour centrale bordée par un ensemble de constructions. Dans le sol de la cour on a découvert, au Nord du sanctuaire, parmi des dépôts cendreux, deux fondations (d'autels ?) et, au Sud, deux grandes fosses bourrées de céramique HR III C 1. On signale encore dans ce secteur les traces d'une inhumation et une série de trous de poteaux qui ne permettent pas de reconstituer un plan. La limite Sud de la cour n'a pas été dégagée. La bordure Est était constituée par un bâtiment que les aménagements ultérieurs ont presque entièrement détruit. On n'en a retrouvé que le mur occidental, effondré sur les restes in situ d'une cuisine qui s'adossait à lui.
Le sol de la cour venait buter contre les murs du sanctuaire primitif, auquel se superposa exactement le suivant (fig. 57). Dans son premier état l'édifice mesure 2,70 x 2,90 m et présente déjà, comme dans le second, une ouverture à l'Est légèrement désaxée. Ses murs en brique crue reposent sur un socle de petites pierres et semblent bien avoir été recouverts à l'extérieur d'un crépi de chaux. Le sol intérieur est constitué par quatre fines couches de mortier de chaux sur un lit d'argile. Sous la couche supérieure on distingue des taches d'une peinture rouge qui dut servir à peindre les murs. Contre le rempart s'adosse une banquette en brique crue de 0,60 m de haut, percée à l'origine d'une niche centrale qui fut ensuite rebouchée. Le caractère sacré de l'édifice est confirmé par les trouvailles : des fragments de trois grandes idoles, trente figurines en Τ (fig. 64), divers petits objets et un riche matériel céramique. On retiendra surtout quatorze vases miniatures et les restes de deux rhytons en forme de taureaux, dont le décor peint représente une divinité animale en position debout (fig. 62).
Ce type de sanctuaire qui n'est pas, comme ceux de Mycènes, Asinè ou Kéos, intégré dans un ensemble de pièces aux fonctions variées (ateliers, magasins, etc), mais au contraire isolé au bord d'une place entourée de bâtiments, était jusqu'alors inconnu en dehors de la Crète minoenne. C'est la première fois qu'on le rencontre sur le continent, au début du HR III C (avant 1200).
Pendant la phase précédente l'espace était aménagé différemment : au-dessous du sol de la cour, au Sud, on a en effet rencontré une vaste maison. Ses murs conservaient encore sur leur soubassement de pierre quelques assises de briques crues, tandis que de nombreux fragments de plâtre (asprochoma) ramassés sur le sol témoignent de l'existence d'un toit en terrasse (v. AJA 81 [1977], p. 229-233). Un corridor longeant la façade Est menait à un escalier coudé qui permettait d'accéder aux terrasses supérieures. C'est de cet étage que doit provenir une abaque de chapiteau en pierre retrouvée sous un amoncellement de briques crues (fig. 58-59). La maison fut détruite soudainement, mais l'état des murs et du mobilier exclut l'hypothèse d'un incendie ou d'un pillage. Le bâtiment contigu au Nord, qui n'a été que partiellement fouillé, semble lui aussi pourvu d'un escalier tournant.
La céramique associée à l'état ancien de la cour et du sanctuaire (fig. 61) est en tout point semblable à celle de l'horizon HR III C primitif de la ville basse fouillé en 1976 (v. BCH 101 [1977], p. 549). Celle des maisons en terrasse découvertes sous la cour est beaucoup plus proche, malgré quelques différences, du matériel HR III B 2 de Mycènes (fig. 63).
3) L'extension de la fouille au Sud de la cour, en LXI-LXII/42, a mis au jour quelques tronçons de murs post-mycéniens et la totalité de l'entrepôt partiellement fouillé en 1976. La pièce Est, avec son four métallurgique, a livré plus de six vases complets assignables à une phase avancée du HR III C (fig. 60). Une dalle de pierre en place au centre de la pièce et une base en argile le long du mur Est suggèrent l'utilisation de poteaux en bois comme supports de couverture. Dans la pièce Ouest, qui jouxte la muraille, une sorte de baquet allongé et quatre cuvettes rondes en argile (dont deux sur socle empierré) confirment l'identification de la pièce comme magasin ou cellier. Au Sud une troisième pièce, également accolée à la muraille, abrite une aire circulaire empierrée du même type que les précédentes ainsi qu'un emplacement de foyer. Le stockage des provisions dans des pièces d'habitation et l'adjonction de poteaux comme supports de toiture sont deux traits attestés concurremment à Lefkandi.
On a retrouvé dans ce secteur la succession des couches observée l'an dernier. La couche 1 a livré, pour la première fois à Tirynthe, de la céramique slave (VIe-VIIe s. ap. J.-C.), tandis que la couche 2 contenait une abondance de tessons corinthiens et attiques à figures noires. Mais on a surtout pu constater que le niveau de débris qui recouvre le dernier horizon mycénien, loin de s'élever vers le Sud, s'abaisse très nettement. Cela veut dire qu'à la fin de l'époque mycénienne l'acropole était encore formée par deux collines distinctes, l'une plus basse au Nord et l'autre plus élevée. On comprend dès lors aisément que le rempart de la citadelle basse soit antérieur à celui de la citadelle moyenne.
Cette année encore un abondant matériel stratifié vient préciser l'évolution typologique de la céramique au cours des dernières phases du HR III. Outre les vases déjà signalés on retiendra de nombreux fragments de plats à poissons et de vaisselle éphyréenne, un fragment de cratère orné d'une file de guerriers (v. ArchRep 24 [1977-78] p. 27, fig. 48) et plusieurs morceaux de pithoi à décor plastique. Parmi les petits objets il faut mentionner, en dehors des trouvailles du sanctuaire, un grand choix de figurines animales, deux sceaux lenticulaires, des perles en faïence, un peigne en os et quelques outils en bronze.
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