CNOSSOS. - 1980
Fouilles de l'École britannique. — a poursuivi, en 1980, l'exploration du terrain situé immédiatement à l'Ouest du Musée stratigraphique, achevant la fouille de plusieurs carrés et en ouvrant de nouveaux. L'attention s'est portée principalement sur l'ensemble cultuel MR Ι Β découvert en 1979 dans la partie Nord du terrain, et dont on a pu nettoyer deux pièces, la « chambre aux ossements d'enfants » et la « chambre cultuelle ». La séquence stratigraphique complète peut désormais se résumer ainsi :
1) Époque romaine : restes de maisons avec vases in situ dans la partie Nord ; niveaux perturbés avec nombreux fragments de sculptures (associés au dernier état de construction) dans la partie Sud ; au Sud-Ouest, citerne enduite avec sol en briques, qu'une lampe et une monnaie permettent de dater du début du Ier siècle de notre ère. Le matériel romain, dans son ensemble, date de la fin du Ier siècle av. J.-C. et du début de l'époque impériale, mais trois monnaies du IVe siècle ap. J.-C. témoignent d'une occupation plus tardive du site.
2) Époque hellénistique : restes de murs et fosses dans deux sondages au Sud ; dépôt de céramique avec coupes et canthare du IVe-IIIe siècle av. J.-C. dans l'un d'eux.
3) Époque géométrique : trouvailles céramiques dans toute la partie Sud, sans vestiges de constructions associées.
4) Époque protogéométrique : céramique assez abondante dans un sondage au Sud ; réoccupation apparente d'anciennes constructions MR III C.
5) MR III C : l'importance de l'occupation a été confirmée par la découverte de vestiges architecturaux dans tous les sondages menés jusqu'à ce niveau, et par celle de sept sépultures enfantines dont plusieurs — sinon toutes — appartiennent à cette phase. La céramique peinte est essentiellement présente sous la forme de bols profonds et de cratères, tandis que la céramique commune voit apparaître un type de marmite à trois pieds dont le profil est plus cylindrique que celui de ses devanciers.
6) MR III A 2 : il est désormais certain que l'état architectural qui suivit la désaffection du «grand cercle » date de cette période. Le matériel céramique correspondant à cet état dans l'un des sondages Sud comprend notamment plusieurs tasses fines décorées, une amphore grossière à étrier ornée de motifs blancs sur fond noir, des grandes coupes à pied sans décor, plusieurs « coupes à Champagne » à une anse et des bols avec ou sans anses horizontales en ruban.
7) MR III A 1-2 : bien que le « grand cercle », presque intégralement conservé au Nord, se réduise, au Sud, à deux blocs in situ, on a pu vérifier son plan (circulaire) et son diamètre (8,38 m). Sur le côté Ouest, on n'a pu encore achever le dégagement de ce qui semble être un escalier à deux ou trois marches qui permettait d'accéder à cette plate-forme circulaire.
8) MR II : La datation du « grand cercle » proposée en 1979 (MR II ou MR III A 1) a trouvé confirmation dans le fait que son assise inférieure — tout comme, au Nord, celle du « petit cercle » — se superpose directement aux murs du bâtiment MR II précédemment repéré. Dans la partie Nord du site, un sol pavé de gypse et de calcaire — vestige probable de la première phase de reconstruction après la catastrophe du MR Ι Β — scellait les niveaux MM III-MR I. On a notamment retrouvé sur ce sol une petite kylix MR II et les fragments de plusieurs autres.
9) MR Ι Β : c'est à cette phase qu'appartiennent la plupart des vestiges découverts du côté Nord de la rue Est/Ouest qui traverse le site, en particulier deux pièces en sous-sol, de fonction apparemment cultuelle, dont on a pu achever l'exploration entreprise en 1979 (fig. 192). Les deux pièces sont séparées par un corridor Nord/Sud débouchant, au Nord, sur une cour qui se prolonge au-delà des limites de la fouille.
A l'Est du corridor se trouve la « chambre cultuelle » (3,64 x 2,80 m) avec, contre le mur Est, un gros bloc de calcaire taillé et, près de l'angle Sud-Est, une murette (ou banquette) en pierres disposée obliquement. Cette pièce a livré en tout soixante dix-sept vases, dont trente et un au moins proviennent de l'étage supérieur. Parmi les trouvailles de cette année, on mentionne trois nouvelles tasses à fond perforé, un second vase en forme de panier, une jarre à quatre anses décorée de spirales et de croix encerclées, un grand pithos qui contenait de nombreuses coquilles d'escargots comestibles, et un rhyton conique fragmentaire à décor marin. Trois vases trouvés dans la cour Nord faisaient certainement partie, eux aussi, de cet ensemble rituel : une amphore et une coupe-rhyton à décor marin (fig. 191), ainsi qu'une grande jarre à trois anses décorée de lignes horizontales ondulées. Le dépôt de l'étage supérieur se complétait par soixante dix-neuf pesons de métier à tisser de forme sphérique et de taille variable, tandis que, sur le sol même de la chambre, on a retrouvé, près du bloc de calcaire, un fragment de calice en serpentine, une série d'« outils » en pierre bleue, des perles de collier en pâte de verre et en cornaline, deux sceaux lenticulaires et une épingle en bronze.
La présence d'ossements d'enfants — dont plusieurs phalanges et une vertèbre entaillée au couteau — dans le pithos aux escargots, confirme qu'il existait un lien entre le dépôt de vases du rez-de-chaussée et la « chambre aux ossements » du sous-sol.
Dans cette dernière pièce, qui mesure 1,76 x 1,08 m et s'ouvre sur le corridor, on a en effet dénombré deux cent soixante-seize os — sans compter les os crâniens — dont vingt-sept portaient des entailles similaires, provoquées par des lames en métal ou en pierre (fig. 193). La macrophotographie a révélé que ces lames avaient été utilisées pour cisailler ou pour scier, mais jamais, excepté dans un seul cas, pour hacher. S. Wall et J. H. Musgrave, qui progressent dans l'étude de ce matériel, ont pu établir que ces ossements appartiennent à deux enfants seulement, âgés respectivement de huit et de onze ans environ et apparemment en parfaite santé au moment de leur mort. Aucun élément nouveau ne vient donc contredire l'hypothèse précédemment formulée par , d'un sacrifice humain suivi du dépècement et de la consommation de la chair des victimes.
Une autre pièce en sous-sol, dont le mur Sud est un mur extérieur, a été partiellement dégagée au Sud de la « chambre aux ossements ». Des coupes coniques y ont été retrouvées sur le sol, tandis qu'une cruche MR I B, à double panse décorée de fleurs de papyrus, provient à coup sûr de l'étage.
10) MM III-MR I : du matériel assignable à cette phase a été recueilli en plusieurs points dans des couches en place sous les niveaux MR II, notamment des tasses du type de Vaphio à spirales noires et blanches, caractéristiques du MR I A.
11) MM II : un dépôt de terre adjacent à la cour Nord de la maison MR I B, à l'Ouest, et scellé par un sol de plâtre peint en rouge, a livré un vase moulé dans un coquillage et orné d'un décor blanc sur fond noir badigeonné, de facture très fine, assignable au MM II.
12) MM I A-B : deux sondages menés jusqu'au sol vierge ont produit des tessons et des restes de constructions de cette époque, ce qui confirme que la première occupation du site remonte bien aux environs de 2100-2000 av. J.-C.
Parmi les petits objets découverts au cours de la campagne, on retiendra un scarabée égyptien de la Seconde Période Intermédiaire trouvé en contexte apparemment MR I B, et plusieurs sceaux lenticulaires, dont trois inachevés. Le plus intéressant, gravé sur les deux faces, porte, d'un côté, la représentation d'un cerf, et, de l'autre, celle d'une femme nue agenouillée embrassant un objet (grosse pierre ou bouclier) au milieu d'un paysage rocheux. Par le sujet et la qualité de l'exécution, cette pièce s'apparente à plusieurs bagues en or de Kalyvia (Messara) et de Sellopoulo (au Nord de Cnossos), et à un sceau d'Haghia Triada.
Tandis qu'un programme de prélèvements par flottation était mis en route, les analyses de sédiments et de restes végétaux livraient leurs premiers résultats, avec l'identification de pépins de raisin, de noyaux d'olives, de grains d'orge mondé, de blé dur, d'engrain, de lentilles, d'orobes, et de plusieurs graminées provenant du dépôt cendreux de la « chambre aux ossements ».
Du point de vue de l'urbanisme de la cité minoenne, on soulignera l'importance des deux rues pavées Nord/Sud et Est/Ouest qui se coupent à angle droit, et le fait que la seconde est dans le prolongement exact de la route royale mise au jour par Evans à plus de 340 m vers l'Est, dans la région du théâtre.
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