ÉRÉTRIE - 1975
Antiquité - Archaïque - Classique - Hellénistique - Romaine
Érétrie. — Fouilles suisses. La campagne de 1975 a été riche et variée. nous en adresse un rapport détaillé. La poursuite de l'enquête stratigraphique apportera vraisemblablement, au stade de la publication notamment, de nouvelles précisions, voire des modifications, et le plan de la fig. 271 est reproduit ici à titre indicatif, témoignage d'une étape dans l'interprétation des vestiges.
1. Secteur E/5 (fig. 271 ; cf. le plan d'ensemble d'Érétrie in BCH 94 [1970], fig. 457 pour la situation topographique de cette fouille). , assisté de Germain Dellay, a continué la fouille commencée en 1972 (cf. BCH 97 [1973], p. 369). La rue N-S a été dégagée jusqu'au carrefour avec la rue principale E-O qui longe le pied de l'acropole ; un tronçon de cette rue N-S avait déjà été reconnu par en E/6 et un tronçon de la rue principale E-O par en F/5. La rue N-S comporte plusieurs canalisations dont la plus importante, d'une qualité exceptionnelle, semble remonter au IVe siècle ; elle est datée, par ailleurs, de l'époque de Ménédémos par et peut être considérée comme une des plus importantes installations hydrauliques d'Érétrie. A 25 m environ au S du carrefour, la rue N-S rencontre une autre rue E-O, parallèle à la précédente et parcourue, elle aussi, par une canalisation (20, 21).
Le dégagement du bel édifice classique au S-E s'est poursuivi (23, 24, 26, 27, 29, 30). La similitude du mur O, donnant sur la rue, avec ceux de l'édifice IV (cf. BCH 98 [1974], p. 690, fig. 259) permet de dater ce bâtiment vers 400. Son histoire est caractéristique et comporte les mêmes séquences que celles observées aux palais I, II, édifice IV, gymnase, théâtre ainsi qu'à l'Iseion : la couche de la première destruction a été déblayée et les murs de briques crues démontés ; l'édifice fut ensuite reconstruit sans grand soin sur un niveau surélevé. Cependant, l'abside (26) rappelle l'importance de l'abside dans l'architecture alexandrine du début de l'époque hellénistique. La première destruction doit remonter à 198 et la reconstruction dater du IIe siècle avant J.-C. Mais seuls les sols de la seconde période sont reconnaissables ; la couche de destruction qui les recouvre remonte, semble-t-il, à la guerre mithridatique. De beaux fragments architecturaux stuqués d'époque classique proviennent de cette même couche, sous le niveau d'époque impériale de la rue N-S.
D'autres constructions classiques doivent être notées en bordure de cette rue. Sur le côté Ο (19), on trouve l'entrée monumentale d'un édifice situé malheureusement sous la route moderne. Deux puissants orthostates forment le montant d'une porte, d'au moins 2,5 m de largeur, avec deux grands blocs d'euthyntéria et un seuil. Cette entrée est l'une des plus imposantes trouvées à ce jour à Érétrie. L'appareil des murs autorise la datation de ce bâtiment vers 400. La profonde couche de destruction qui y fut trouvée contient de la céramique du IIIe siècle ainsi qu'un relief en plomb figurant une Niké tropaéphore. Enfin, au S-E du carrefour, la fondation monumentale d'une base rectangulaire (?) (6, 8, 9) dont l'orientation ne suit pas celle du réseau des rues, n'est pas encore datée par la céramique ; mais deux phases sont déjà reconnaissables : une fondation classique, en pôros, et une autre, plus récente, avec des blocs réutilisés à l'époque romaine.
Alors que la partie S de la zone fouillée n'a révélé aucune construction romaine, les restes d'un bâtiment romain ont été retrouvés au Ν de la première rue transversale E-O (14, 17, 20, 21). En outre, le monument érigé sur la rue, à la hauteur de ce bâtiment, est du type de ceux placés aux intersections des rues romaines ; deux de ses fondations carrées sont conservées (13, 14), l'une portant encore une base classique réutilisée (13). Enfin, il convient d'associer le grand bassin en morceaux de terre cuite, plus à l'Ε (15), sorte de pressoir, avec l'hypothèse concernant la présence d'une ferme romaine en F/5.
2. Hérôon 5 sous le palais I (fig. 272). La fouille en profondeur menée par , assistée de Martin Bossert, sous la partie S du palais I, et la fouille de Claude Bérard, dans la partie N, ont apporté d'importants compléments pour l'hérôon. Il en ressort que celui-ci a été déplacé trois ou même quatre fois vers le S.
a. Oikos O, du VIIe siècle. Claude Bérard pense que l'oikos Ο du VIIe siècle a été précédé par un oikos plus ancien au Ν du triangle (cf. BCH 94 [1970], p. 1103, fig. 462) ; le déplacement au S se justifie en raison de l'importance prise par le culte. Le bosquet sacré semble avoir été limité, alors, par le mur de téménos 17, découvert en 1975, avec porte et canal pour l'évacuation de l'eau, et par la fontaine H 2. Mais l'on ne sait pas encore si le mur entourant la fontaine est archaïque ou postérieur.
b. Oikos Q et bâtiment R : fin de l'époque archaïque ou après 490 ? On avait estimé que le second déplacement, reconnu par Claude Bérard, résulte de la construction des fortifications à l'Ο ; l'oikos Ο fut remplacé par Q et le bâtiment à cinq chambres Ρ par R. Q et R sont datés vers 550 d'après la céramique. Or, dans le Führer durch Eretria, l'on s'était prudemment demandé si cet ensemble n'avait pas été reconstruit après 490 ; on peut même se demander aujourd'hui s'il ne date pas tout simplement de cette époque. Quatre arguments sont en faveur d'une telle hypothèse : une destruction violente peut fournir l'occasion d'une reconstruction totale ; le système des canalisations post 490 affecte la même orientation que le puits à l'Ο de 12 ; les pièces 12-15 sont liées à R, d'une part, et à l'oikos 16, d'autre part, qui date certainement de la fin du Ve siècle ; enfin, il est surprenant que la pièce 17 ménage, au N, l'annexe trapézoïdale de P. Les édifices construits après le second déplacement sont dessinés en noir sur la fig. 272.
c. Après 411. L'oikos 16, salle de banquets à sept lits, adossé à 13, correspond au troisième déplacement, les cinq pièces 12-16 ayant pu remplacer les cinq pièces du bâtiment R. C'est la construction du palais I à la fin du Ve siècle qui a détruit l'édifice Q et nécessité celle de l'oikos 16. Le bothros ovale découvert en 1974 et 1975, au N de P, et la chambre souterraine ql, adossée à la muraille, ont le même caractère ; le fait qu'ils possèdent des murs correspond à une monumentalisation progressive des installations cultuelles, et ils contrastent avec les autres bothroi, installés en pleine terre. La chambre souterraine a été intégrée au palais I lors de la deuxième phase (en blanc sur la fig. 272), qui préserve aussi les pièces 12 et 13.
d. Vers 400. Le monumental édifice IV, interprété dès sa découverte comme un hérôon (BCH 98 [1974], p. 688, fig. 255), correspond au quatrième déplacement. Son mur N respecte le mur 17 du téménos ancien et vient buter contre un mur E, à la hauteur de la porte du téménos ; ce mur délimite probablement le nouveau bosquet sacré devant l'édifice IV. Le corps principal se compose à nouveau de cinq chambres dont l'une (2) est une salle de banquets à onze lits. La maison 11, a, b, dans la partie N, doit appartenir au personnage qui a le plus contribué à ce nouvel aménagement. Cette maison est en rapport avec les pièces 1-5 comme les deux premières phases du palais I le sont avec les pièces 12-16. Le complexe irrégulier 12-16 a pu, d'ailleurs, subsister à côté du nouveau grand hérôon ; il fut ensuite sacrifié lors de l'agrandissement du palais I vers le S, après la guerre chrémonidéenne. La grandeur de l'édifice IV et de son hérôon classique n'en est que plus marquante en regard de ses prédécesseurs, mais sa relation avec eux peut être comparée à celle de la stoa de Zeus avec la stoa Royale sur l'agora d'Athènes. Dans les deux cas, une forme architecturale actualisée maintient une tradition vénérable.
3. Agrandissement du palais I après 250. La description du palais I dans le Führer distinguait deux périodes, mais méconnaissait la destruction de la guerre chrémonidéenne, bien que ses conséquences aient été correctement interprétées dans la description du palais II. En fait, les agrandissements A-L2 sont les seuls postérieurs à 198 et les pièces v, w, y (cf. BCH 94 [1970], p. 1104, fig. 463) doivent déjà avoir été construites après la guerre chrémonidéenne. En effet, les murs de v, w, y sont profondément implantés dans la couche de destruction imputée à cette guerre.
Le meilleur exemple de l'ampleur de la destruction chrémonidéenne nous est fourni par le mince mur polygonal à l'Ε de la pièce 4 de l'édifice IV : celui-ci limite la cour ou le bosquet sacré et les sépare de pauvres pièces, érigées à un niveau beaucoup plus haut sur la couche de destruction. Le bosquet sacré devait auparavant s'étendre aussi devant la maison 11.
4. Divers. Gabriele Passardi a poursuivi la restauration du canal archaïque au pied de l'enceinte classique (cf. BCH 97 [1973], p. 467, fig. 244). Il a dégagé, à cette occasion, un tronçon d'un beau mur polygonal archaïque (analemma O). Le haut des deux analemmas du canal date, semble-t-il, de la période comprise entre la guerre chrémonidéenne et le comblement du canal sous Antiochos III.
Par ailleurs a poursuivi sa révision des stèles funéraires du Musée. Cela lui a permis d'écarter du lot la pierre IG, XII, 9, 406, inscrite Κόθου. Le génitif indique en effet que l'on a plutôt affaire à une borne d'un téménos de Kothos, héros fondateur de Chalcis et frère du fondateur d'Érétrie, Aiklos. proposerait en outre de reconnaître les deux frères dans les personnages barbus qui, sur une des émissions monétaires d'Érétrie sous Commode, flanquent la personnification de la ville.
Il a également progressé dans son exploration de l'Acropole. Il a ainsi trouvé de nouvelles stèles : celle de Κλεονίκη Κωμίου (fin IIIe siècle av. J.-C. au plus tôt), remployée dans le bâtiment rectangulaire (citerne ?) entre les tours k et 1 ; l'épitaphe d'un locrien (IIIe-IIe siècle) ; celle enfin d'Εὐφημίδης (IVe siècle) noyée dans le blocage de l'enceinte au Ν de k. La trouvaille d'une base chorégique vient attester le nom d'une seconde tribu érétrienne : Ναρκιττίς, tiré de celui du héros Narcissos fils d'Amarynthos. Enfin dans le territoire d'Érétrie, pense que l'Asklépeion pourrait être localisé près de la source voisine de l'église d'Haghios Loukas au Ν d'Aliveri. L'endroit, où l'on voit quelques blocs antiques, lui a en effet livré il y a deux ans un texte poétique qu'il interprète comme un hymne à Asklépios, μέγα χάρμα λαοῖς.
5. Plan directeur d'Érétrie. L'imbrication des recherches archéologiques, du plan urbain de et , d'importants témoignages architecturaux néo-classiques et le développement actuel de la région ne sont pas sans poser de sérieux problèmes aux habitants et à la ville d'Érétrie. Ces trois niveaux, antique, néo-classique, moderne, se trouvent souvent opposés les uns aux autres. C'est pourquoi la mission suisse, en accord avec la municipalité d'Érétrie, la préfecture d'Eubée et la direction du Service archéologique, a demandé à deux professeurs de l'École polytechnique fédérale de Zurich, MM. (urbanisme- architecture) et (histoire de l'urbanisme) d'intervenir avec leurs étudiants et d'établir un plan directeur coordonnant les trois niveaux de l'habitat érétrien. Professeurs, assistants et 25 étudiants ont effectué deux séjours à Érétrie en 1975 pour mettre au point leur travail, qui s'est étendu sur l'année universitaire 1975-1976. Le résultat obtenu devra comporter un plan directeur avec des zones à protéger et à aménager, telles les zones du théâtre, du temple d'Apollon et du port, des normes constructives précises, des propositions et des directives de coordination urbaine, etc. Ce plan directeur fera l'objet d'une exposition publique pendant l'été 1976 et sera remis aux autorités grecques.
Légende graphique :
localisation de la fouille/de l'opération
localisation du toponyme
polygone du toponyme Chronique
Fonctionnalités de la carte :
sélectionner un autre fond de plan
se rapprocher ou s'éloigner de la zone
afficher la carte en plein écran




