EUBEE. - Erétrie. - 1976
En 1976 les recherches se sont poursuivies le long du mur Ouest (hérôon et édifice IV) et dans le secteur E 5/6. Pour la topographie on se reportera au plan d'ensemble paru dans le BCH 94 (1970) p. 1100, et pour l'architecture aux croquis du BCH 100 (1976) p. 700.
Hérôon. — En collaboration avec et P. Auberson, C. Bérard, assisté de M. Rousset, a précisé les déplacements successifs de l'édifice vers le Sud. Dans le niveau géométrique l'absence de toute structure en pierre suggère que l'espace était alors occupé par des jardins et des constructions légères. C'est vers 550 av. J.-C. que fût bâtie la première maison d'habitation, en connexion étroite avec l'hérôon. Selon K. Schefold, cette demeure privée au milieu d'une aire sacrée pourrait être celle d'un haut personnage ayant joué un rôle éminent dans l'édification ou la protection de la muraille. Du palais 1 on a retrouvé des fragments architecturaux en pierre et en stuc qui appartiennent à un ordre dorique classique.
Edifice IV. — J.-M. Gard a continué d'explorer cet ensemble, dans lequel il faut probablement reconnaître l'hérôon classique. A l'intérieur de la pièce 4 il a retrouvé une base et un tambour de colonne in situ qui, comme les trois colonnes de l'entrée, confèrent à cette pièce un caractère à part. De patientes recherches seront encore nécessaires pour déterminer la limite occidentale primitive du bois sacré, car un bâtiment sur fondations de pôros (édifice VI), érigé après la guerre chrémonidienne (266-263 av. J.-C.), est venu empiéter sur l'aire sacrée. L'édifice, large de 25 m environ, suit la même orientation que le mur Est du palais I et pénètre comme un corps étranger dans l'ensemble de l'hérôon. A l'extérieur de l'angle Ouest on a trouvé de belles terres cuites.
Secteur E 6. — Au Sud de la rue Ktésikléous P. Thémélis a rencontré le puissant mur cyclopéen du début du VIIe s. av. J.-C. — à la fois digue et fortification — précédemment découvert par C. Krause près de la porte Ouest (v. BCH 94 [1970], p. 1099). Ce dernier en a lui-même poursuivi le dégagement vers le Sud, ce qui lui a permis de repérer un tronçon de mur géométrique contigu encore plus ancien, auquel était associé un fragment de pithos local orné de spirales en relief. Au-dessus de ce mur la couche de remblai contenait une céramique géométrique de haute qualité, comparable au matériel recueilli sous l'hécatompédon archaïque. Il semble donc qu'autour de 700 av. J.-C. Érétrie ait été victime d'une destruction, qui n'entama cependant pas la puissance de la cité, comme le prouvent les constructions immédiatement postérieures.
Dans les deux zones fouillées, la rue Nord/Sud était bordée à l'Est par un mur de soutènement élevé vers 400 av. J.-C. en liaison avec les travaux de terrassement qui précédèrent la reconstruction des maisons. Des vestiges d'installations plus anciennes subsistent seulement en F 5, à l'emplacement où a localisé le port antique. Les artères Est/Ouest, percées à cette époque, sont strictement parallèles, tandis que le tracé des anciennes rues Nord/Sud accuse une courbure.
Secteur E 5 — P. Ducrey, qui a dirigé les recherches avec l'assistance de A. Charbonnet, nous adresse le rapport suivant :
« Durant la campagne 1976, on a dégagé la bordure occidentale d'un bâtiment repéré en 1975. Il s'agit d'une construction limitée au Nord par la grande artère traversant Érétrie d'Est en Ouest au pied de l'acropole, à l'Ouest par la rue Nord/Sud reliant sans doute l'agora à l'artère Est/Ouest, enfin au Sud par une rue Est/Ouest de moindre importance.
« Le bâtiment occupait entièrement l'espace compris entre les deux voies Est/Ouest, soit environ 25 mètres. Dans l'état actuel de son exploration, il présente cinq pièces en bordure de l'artère Nord/Sud. Leur sol est situé environ 1,50 m plus bas que le niveau de la rue. La première pièce au Sud, de 6,50 m sur 3 m, ouvre vers l'Est. Le seuil de la porte est conservé. Au Nord suivent trois pièces plus petites, de 3,50 m sur 3 m environ. La première comporte, dans son sous-sol, une vaste citerne dont la margelle de marbre blanc est située au niveau du sol. La seconde est pavée d'une mosaïque de galets sans décor ; la troisième, enfin, est ornée d'une élégante mosaïque de galets polychromes qui mesure 2,50 m sur 1,36 m (fig. 268). Elle se compose de deux panneaux d'environ 0,80 m sur 1 m, ornés de motifs végétaux et floraux. L'un d'eux présente en son centre un gorgonéion. La cinquième pièce vers le Nord est aujourd'hui tronquée : elle pourrait avoir été coupée par une modification du tracé de la rue Nord/Sud. Ces pièces donnaient sur un péristyle, dont la limite occidentale est indiquée par une massive fondation de pôros. A proximité, on a mis au jour une gargouille de terre cuite en forme de protome de lion, ainsi que les pieds d'une statue en marbre de petites dimensions.
« Si l'on en juge par le style de la mosaïque, seul indice permettant de dater la construction de l'édifice, celle-ci pourrait remonter au milieu du IVe s. av. J.-C. La fouille a montré que l'édifice avait été détruit par un violent incendie, sans doute accidentel, puisque tout le mobilier a été retrouvé : une table de marbre, des ruches, l'applique de plomb ornée d'une victoire tropéophore signalée BCH 100 (1976), p. 700, plusieurs statuettes de terre cuite, des fragments d'amphores panathénaïques du type de celles qui avaient été trouvées par P. Thémélis dans un dépôt situé en bordure de la rue Nord/Sud, un peu plus au Sud (v. ArchAnAth 2 [1969], p. 409-416), enfin des fragments de masques de satyres ou de silènes, en terre cuite rehaussée d'or. La céramique, très abondante, comprend des éléments de la fin du IVe s. ou du début du IIIе s. av. J.-C. Les ruines de l'édifice semblent avoir été abondonnées. Quelques structures peu soignées, datant du Ier s. av. J.-C. ou du Ier s. ap. J.-C, témoignent seules d'une réoccupation partielle des lieux.
« Toutefois, on avait repéré en 1975, dans la partie Nord de l'édifice décrit ci-dessus, une structure d'orientation différente, faite de blocs de remploi. La suite de la fouille a révélé qu'il s'agissait d'un mur de péribole, formant une enceinte rectangulaire d'environ 8 m sur 6 m et reposant sur la couche de destruction de la maison du IVe s. av. J.-C. Une exploration en profondeur a conduit au dégagement de deux sarcophages disposés perpendiculairement, l'un orienté d'Est en Ouest (n° 1), l'autre dans le sens Nord/Sud (n° 2) et recouverts de plaques de pôros liées par des scellements de fer noyés dans du plomb (fig. 267).
« A l'extrémité Est du sarcophage n° 1, on avait ménagé un enclos d'environ 0,75 m de côté, délimité par deux chapiteaux et une dalle disposée de chant. Cette petite enceinte cultuelle contenait cinq lagynoi et des ossements d'animaux. Le sarcophage lui-même, qui avait été violé dès l'antiquité, contenait encore un grand nombre de lacrimatoires, quelques monnaies de bronze très corrodées et des fragments d'objets de bronze.
« Le sarcophage n° 2 avait été entièrement vidé dans l'Antiquité déjà. Cependant il contenait deux stèles inscrites, qui avaient été disposées au moment de l'ensevelissement de manière à colmater une brèche dans le fond du sarcophage. , qui est chargée notamment de la publication des stèles funéraires d'Érétrie, a bien voulu apporter sur ces deux stèles les précisions suivantes :
'Stèle Inv. M 661 (fig. 265) : deux rosettes en relief. Inscription : Γοργιασ | Γοργιου. Pour le nom cf. IG XII 9, 141. L'écriture pourrait être du IIe ou du Ier s. av. J.-C.
Stèle Inv. M 665 (fig. 266). Inscription : Πατροφιλα | Λυσιου. Nom féminin nouveau à Érétrie, mais bien connu ailleurs, cf. IG IV 2, 45, 1.6 (Hypata) ; IG XII 5, 186, 1.25 (Paros). Le nom de Lysias est attesté plusieurs fois à Érétrie : IG XII 9, 245 ; 191 ; 216, etc. L'écriture de cette stèle est plus tardive que la précédente : sigma lunaire, apices développés, en particulier au sommet de l'alpha, du lambda et du rhô à petite boucle. Cette écriture pourrait dater de la fin du Ier s. av. J.-C., mais plus vraisemblablement du Ier s. ap. J.-C.'
« La suite de la fouille permettra sans doute d'apprécier le sens qu'il convient de donner à ce tombeau situé non loin du gymnase, à l'intérieur même de la cité. Sa date tardive (Ier s. av.-Ier s. ap. J.-C.) n'est pas son moindre intérêt. »
L'activité de l'École suisse s'est également manifestée cette année par deux publications : celle du cinquième volume ďÉrétria, fouilles et recherches, par A. Hurst, J.-P. Descoeudres et P. Auberson, et celle du plan directeur annoncé dans la précédente Chronique (v. BCH 100 [1976], p. 701).
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