CORINTHE. - 1976
Antiquité - Archaïque - Classique - Hellénistique - Romaine
Archaia Korinthos, Palaia
La campagne de 1976 a porté sur le secteur Sud-Ouest du forum romain et la colline du temple. supervisait les travaux.
Forum romain. — Excepté trois nouveaux sondages ouverts sur la bordure Ouest du chantier, la fouille, centrée sur le bain « du Centaure » et ses abords immédiats, a été reprise à partir des niveaux atteints l'an dernier. La séquence chronologique s'établit ainsi :
1) Ve-IVe s. av. J.-C. On a pu restituer partiellement le plan de l'établissement de bains, très endommagé par des constructions plus tardives (fig. 59). L'édifice se compose de sept pièces réparties autour de la salle de bains centrale à pavement de mosaïque (pièce 1) : au Sud-Est un vestibule (pièce 2) ; à l'Est une salle à manger avec lits de repas (pièce 3) et une grande pièce d'usage indéterminé, où l'on a repéré des traces de foyer et une aire en ciment apparemment destinée à des travaux de lavage (pièce 4) ; au Nord les deux pièces explorées en 1975 (la pièce 5 avec son réservoir et la cour adjacente avec son foyer) ; à l'Ouest enfin les pièces 6 et 7, très ruinées, dont la seconde pourrait avoir abrité plusieurs baignoires.
Pour l'instant deux points sont acquis : l'entrée de l'édifice ne peut se trouver au Nord, à cause de la contiguïté du Bâtiment V découvert cette année (v. ci-dessous) et de la présence des pièces de service. D'autre part ces bains ne ressemblent pas à ceux d'une palestre ou d'un gymnase. La présence d'une salle à manger suggère l'hypothèse d'un complexe plus important, peut-être une leschè.
En plusieurs endroits on a pu observer les traces d'une restauration partielle consécutive à une destruction par le feu ; celles de réparations rendues nécessaires par l'usure, notamment dans la fosse à combustion ; enfin celles de remaniements proprement dits, comme l'installation probable de baignoires dans la pièce 1.
A moins d'un mètre au Nord le Bâtiment V a été partiellement mis au jour. On a pu y reconnaître une cour ou cuisine (pièce 1) et une salle à manger au sol polychrome. Contemporain du bain ou légèrement postérieur, il fut détruit comme lui pendant la seconde moitié du ive s. av. J.-C. mais, à la différence de celui-ci, il ne fut jamais reconstruit.
2) IIIe-IIe s. av. J.-C. Sur les ruines de l'établissement de bains fut construit, après le milieu du IIIe s., un long édifice Nord/Sud à colonnade axiale et, 8 m plus à l'Est, un autre bâtiment. Sur le sol du premier on a trouvé, parmi les fragments de tuiles, deux tables de jeu ou de comptes (abaques) qui portent respectivement les inscriptions ΔΑΜΟΣΙΑ ΚΟΡΙΝΘΙΩΝ et ΣΤΡΑΤΑ[ΓΙΟΝ (?). Si cette dernière restitution est juste, ces tables pourraient avoir servi pour les comptes de l'armée corinthienne et, en 146, pour ceux de la ligue achéenne.
3) Époque romaine. Au début de l'époque romaine un bâtiment avec cave en sous-sol défonça le centre du bain classique (fig. 60) et coupa le mur Ouest de la salle à colonnes hellénistique. Ce bâtiment a été presque entièrement fouillé, de même que les couches associées à l'extérieur. A l'origine il était vraisemblablement de plan rectangulaire, avec façade et entrée principale au Nord, la cave (3,06 m x 7,82 m) occupant toute la largeur de l'édifice le long de ce côté. Une première destruction, sous le règne de Tibère, fut suivie d'une restauration immédiate. De cette époque date la décoration murale, faite de grands panneaux orangé encadrés par une bande rouge et séparés par des lignes verticales en tons dégradés qui donnent l'illusion de colonnes à facettes. Une seconde destruction, sous Caligula, ou peut-être un peu plus tard, entraîna un changement dans la distribution des pièces. Le bâtiment, en usage jusqu'à la fin du VIe s. ap. J.-C., fit l'objet de remaniements incessants, dont on ne peut toujours apprécier l'ampleur. On sait qu'au VIe s. ap. J.-C. une tombe voûtée à deux chambres surmontée d'une chapelle fut construite contre le mur Nord.
4) Époque byzantine. Au-dessus du bâtiment romain se succèdent, entre la fin du Xe s. et celle du XIIe s., trois niveaux architecturaux entrecoupés de destructions dont la plus violente, au milieu du XIe s., semble due à un tremblement de terre. Les constructions — la dernière en forme de L et sans cour privée — s'adossent alors au mur méridional de la tour Sud.
5) Époque franque. Des quelques vestiges de cette époque on peut seulement déduire un changement global dans l'orientation du tracé urbain.
Colline du temple. — Sous la direction de , trois secteurs ont été explorés : la carrière du début de l'époque romaine, la rue du VIIe s. et l'angle Nord-Ouest du sanctuaire classique.
1) Dans la carrière on a d'abord remblayé la zone Nord-Ouest, fouillée en 1972 et 1974, et disposé sur le terre-plein ainsi formé les blocs et les fragments architecturaux du premier temple, dûment inventoriés, photographiés et dessinés. La fouille proprement dite a été poursuivie au Sud. Le dépôt y est généralement intact jusqu'à la fin du Ier s. ap. J.-C. En un seul endroit on note l'intrusion d'une tranchée du IVe s. ap. J.-C. associée à une plate-forme (peut-être une aire de pressoir) et à une tombe à tuiles. Parmi le matériel du dépôt on retiendra surtout la céramique du début de l'époque romaine, qui est la mieux conservée ; une imitation du « pergaménien » à engobe rouge; enfin quatre fragments d'inscriptions, deux en grec — dont un décret honorifique en faveur des Corinthiens pour services rendus à une autre cité — et deux en latin, qui font partie d'un même texte de loi relatif à l'administration de la colonie romaine.
2) Dans le secteur central de la rue du VIIe s. av. J.-C., en partie fouillée par Weinberg (1937-38) et Roebuck (1954) on a mis en évidence l'existence d'une stoa qui délimitait au Nord le téménos du temple d'Apollon à l'époque romaine. Le mur postérieur de la stoa n'est autre que le mur Nord du téménos (fig. 61, n° 2) ; la colonnade axiale était fondée sur les quelques « piliers » carrés découverts au cours des précédentes campagnes et restés sans explication ; les colonnes de façade posaient sur un mur parallèle, dont on a découvert cette année le « négatif » : une tranchée de récupération comblée pendant la deuxième moitié du IVe s. ap. J.-C. La stoa, large de 10 m, devait buter à l'Ouest contre le propylon romain (v. ci-dessous). A l'Est elle fut coupée par la construction de la basilique paléochrétienne. Aucun élément ne permet d'en reconstituer l'élévation.
A l'intérieur de la stoa, sous le niveau des fondations, on a rencontré un dépôt en place du début du VIe s. av. J.-C., qui témoigne de l'extension du sanctuaire, à cette époque, au-delà de la rue du VIIe s. La présence de nombreux déchets de taille et d'outils en pierre (notamment plusieurs lissoirs de plâtrier, dont l'un porte sur le manche une échelle graduée [fig. 62]) indique que ce dépôt est en relation directe avec la construction du second temple. A noter également deux fragments d'anses d'un grand cratère à colonnettes Corinthien Récent, ornées d'un gorgonéion (fig. 63), et trois fragments de panse qui semblent appartenir au même vase. On y reconnaît une gorgone courant vers la droite et les pattes de quatre chevaux.
3) Dans la partie Nord-Ouest du sanctuaire les propylées découverts en 1975 ont été complètement explorés. Recouverts par une rampe empierrée d'époque turque (caldérim), ils présentent deux phases architecturales, l'une du deuxième quart du VIe s. av. J.-C., l'autre du premier quart du Ier s. de notre ère. Les deux murs du propylon archaïque, construits en partie avec des blocs du temple primitif, retenaient simplement une rampe en terre (fig. 61, n° 4) qui coupait le mur du téménos. Le propylon romain était d'un aspect plus monumental, peut-être avec porche distyle in antis au Sud.
La limite Ouest du sanctuaire du VIe s., cherchée sans succès par B. H. Hill en 1908, a été repérée cette année, sous des constructions byzantines, à quelque 25 m de la façade Ouest du temple. Elle est matérialisée par de rares blocs (fig. 61, n° 3) et par une tranchée de fondation creusée dans le rocher. A l'Est et au Sud, où les flancs de la colline sont abrupts, il ne semble pas que le téménos ait été délimité par de semblables murs. Cette hypothèse reste toutefois à vérifier.
Des constructions romaines tardives et byzantines ont été découvertes à l'extrémité Ouest de la colline. On constate un hiatus dans l'occupation, qui va de l'invasion slave (VIIe s.) jusqu'à la fin du XIe ou le début du XIIe s.
Le puits découvert en 1975 a été fouillé jusqu'au fond, soit 14,35 m sous la surface. Dans le dernier mètre on a trouvé une monnaie d'Alexius, qui suggère que le puits fut en usage jusqu'à l'invasion franque (1204), ainsi que des fragments de divers ustensiles en bois (en cours de restauration) et une grande bassine en bronze. Parmi les débris qui comblaient le puits, un fragment d'ambon a toute chance de provenir de la basilique voisine.
Enfin des vestiges d'époque turque, dont les plus anciens remontent au XVIIIe s., ont été découverts un peu partout à la surface de la colline. Les maisons sont en pierres sèches, solidement construites, avec chaînage en bois pour limiter les dégâts dus aux tremblements de terre.
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