EUBÉE. - Erétrie. - 1980
Kastro Vardounia
La campagne de 1980 a été centrée, comme la précédente, sur l'exploration des niveaux anciens de la ville. Sept secteurs ont été fouillés (fig. 153). Un rapport sur cette campagne et sur la précédente est paru dans la revue Antike Kunst 24, (1981), p. 70-87.
1) Théâtre — En prélude à des travaux de restauration, C. Krause, assisté de R. Gonthier, R. Fasel et S. Simona, a dégagé les angles extérieurs des deux murs de parodos, ce qui a permis de constater que, de chaque côté, la longueur du mur de soutènement de la cavea ne dépassait pas 4 m. En effet, un simple talus en terre se substitue à ce mur sur le reste du pourtour, comme l'a montré un troisième sondage effectué au bord de l'hémicycle, à quelques mètres à l'Est de l'axe du monument.
2) Secteur B 6 — Le tracé de l'ancien cours d'eau ayant été déterminé, entre la porte Ouest et le secteur Ε 7, par une série de mesures de résistivité, C. Krause et ses collaborateurs l'ont recoupé en Β 6 dans deux sondages espacés de 60 m. Les dépôts alluviaux, dont la largeur atteignait 6 m dans le premier sondage et 8 m dans le second, avaient partout une épaisseur de 1,30 m. Les mesures de résistivité ont montré par ailleurs que la rue Est/Ouest qui passe au Nord de la Maison aux mosaïques quittait, à environ 80 m à l'Ouest de celle-ci, le lit de l'ancien cours d'eau qui oblique alors vers le Sud-Est.
3) Rempart archaïque (B 10) — Une tranchée de 15 m de long ouverte par la même équipe sous la rue Haghélochos avant son asphaltage, a montré que le cours d'eau canalisé vers le milieu du VIe siècle av. J.-C. suivait, là aussi, le tracé du rempart. Le canal archaïque mesure environ 6,20 m de large et son quai Est, qui servait en même temps de socle au rempart archaïque, était conservé sur une hauteur moyenne de 1 m. Les deux quais s'appuient sur la couche alluviale, dont l'épaisseur totale est de 1,80 m. Le rempart classique, large de 2,75 m environ, est en retrait de 4 m par rapport au rempart archaïque.
4) Agora (G 10) — Le portique Est, dont une partie avait été identifiée dans une ancienne fouille d'urgence immédiatement au Nord de la tholos, a été dégagé superficiellement sur une quarantaine de mètres par l'équipe de C. Krause (fig. 151-152). La fouille profonde s'est limitée à un sondage de 9 x 9 m et à une coupe transversale. Le plan de l'édifice apparaît désormais assez clairement. Il s'agit d'un portique à deux travées dont le fond est occupé par une rangée de boutiques. La colonnade extérieure était sans doute dorique, tandis qu'à l'intérieur l'entrecolonnement des supports amène à restituer un ordre ionique. La largeur des deux travées étant respectivement de 5,30 m et de 5,90 m et les boutiques mesurant chacune 5,30 x 4 m, la largeur totale du portique était voisine de 17 m. Sa longueur est évaluée à 90 m environ. Certains indices suggèrent l'existence d'un étage. Les monnaies et le matériel d'un dépôt de fondation associé à l'un des supports intérieurs permettent de dater l'édifice du IVe siècle av. J.-C.
La fouille profonde a fait apparaître au-dessous les restes d'une construction archaïque, qu'il est peut-être prématuré d'interpréter comme un portique. Elle est constituée par une assise de blocs de pôros située dans l'alignement des supports intérieurs de la future stoa et doublée, à 2,75 m, par une série d'au moins trois pièces carrées de 5,40 m de côté aux murs en appareil polygonal avec porte axiale. Juste devant la fondation en pôros on a retrouvé de nombreuses tuiles, dont une tuile faîtière ornée d'un gorgonéion polychrome (fig. 150), et un amas de petits skyphoi — provenant visiblement de ces pièces — qui datent tous de la seconde moitié du VIe siècle av. J.-C. Mais des tessons classiques, associés à des petits murs bâtis entre la fondation en pôros et le mur des boutiques, témoignent d'une utilisation de l'édifice au Ve siècle av. J.-C. Au-dessous, on a atteint une couche alluviale archéologiquement stérile. Il est donc évident que, jusqu'au milieu du VIe siècle av. J.-C. au moins, ce qui deviendra le secteur Est de l'agora était encore une zone extra muros.
5) Terrain Vouratsas — La poursuite de cette fouille d'urgence, entreprise en 1978 par le Service archéologique et reprise en 1979 par A. Tuor et ses collaborateurs (v. BCH 104 [1980], p. 656) a surtout permis de préciser la séquence et la nature de l'occupation préhistorique. Les couches de l'âge du Bronze s'enfoncent profondément au-dessous du niveau de la nappe phréatique et, s'il s'est avéré impossible de les fouiller jusqu'au sol vierge, on a pu, en plusieurs points, atteindre des dépôts situés à 0,80 sous ce niveau.
Il est clair désormais que le site connut une occupation très dense à l'ΗΑ III-HM I. Cette période est représentée par des dépôts d'une épaisseur totale de 1,10 m qui ont livré une abondante céramique — de fabrication locale pour l'essentiel et de type domestique, grossière ou grisâtre plus fine — et environ 800 pièces d'outillage en silex ou en obsidienne. La couche supérieure, dont l'épaisseur ne dépasse pas 15 cm, recelait en outre quelques tessons minyens, minoens et HR III B-C, qui sont peut-être en rapport avec des restes de constructions. Au matériel HA-HM sont associés des tronçons de murs, parfois courbes, des alignements de pierres, qui sont des soubassements de murs en bois ou en brique crue, et des aires de galets ou substructions de foyers. L'une des pièces fouillées était un cellier, comme le prouve l'épaisse couche de blé carbonisé qui en recouvrait le sol, tandis qu'au Nord de la fouille, on a commencé de dégager un four de potier très bien conservé. La chambre de chauffe, de forme circulaire (diamètre : 1 m) est recouverte par le gril en argile de la chambre de cuisson, percé de multiples trous ronds (diamètre : 3-4 cm) et soutenu par un pilier central en argile. L'extérieur du four était revêtu de pierres calcaires. Les tessons retrouvés à l'intérieur étaient exclusivement préhistoriques. Le gril du four se trouvant à 0,60 m sous le plus ancien niveau historique et le sol de la chambre de chauffe nettement au-dessous de la nappe phréatique, une datation haute paraît d'ores et déjà assurée, mais elle devra être vérifiée lors de la campagne prochaine.
L'époque géométrique est à peine représentée. Quelques fragments de céramique, deux tombes-pithoi d'enfants et quatre sépultures à crémation avec offrandes sont assignables aux VIIIe-VIIe siècles av. J.-C. Les trouvailles archaïques sont également très rares. C'est seulement au cours de la seconde moitié du Ve siècle av. J.-C. que l'endroit est à nouveau construit, pour être abandonné au début du IIe siècle av. J.-C. Parmi les trouvailles d'époque historique, on mentionne un étalon pour la mesure des liquides, pièce de marbre carrée pourvue de quatre cavités hémisphériques de diamètre différent, et une stèle fragmentaire inscrite qui provient du temple d'Apollon et porte un décret de citoyenneté de la fin du IVe ou du IIIe siècle av. J.-C.
6) Sanctuaire d'Apollon. — A. Altherr, assistée de S. Amstad, a poursuivi l'exploration de ce secteur, mettant au jour, juste à l'Est du temple, un bâtiment en fer à cheval dont les murs en brique crue sur socle de pierre sont dans un état de conservation exceptionnel.
7) Maison aux mosaïques. — , assisté de , a fouillé trois puits et effectué plusieurs sondages en vue de préciser la stratigraphie de la rue et d'explorer les fondations de l'édifice.
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