ÉRÉTRIE - 1972
Érétrie, fouilles de la Mission suisse. — Nous présentons sur les résultats de la neuvième campagne le rapport, légèrement abrégé, de , directeur de la Mission. Cette année encore notre camarade a pris le temps et la peine d'en faire la traduction et de nous fournir maintes explications.
La mise au jour de la façade de la « Ruche » (édifice ВС sur le plan donné dans BCH 96 Í1972] p. 759, fig. 398), le dégagement du tronçon de l'enceinte archaïque et classique entre la Porte de l'Ouest et le musée, et la trouvaille d'un lot important de céramique géométrique constituent les trois faits marquants de la campagne de 1972.
Temple ď Apollon. — Contrairement aux autres temples subarchaïques dont les puissantes fondations en parpaings réutilisent des fondations plus anciennes (ainsi à Égine), le temple d'Apollon à Érétrie repose sur une sorte de petit « tell » (ou de « magoula »), formé par l'accumulation de la brique crue dont étaient faites les constructions antérieures. C'est à cette particularité, qui s'observe également à Samos, qu'est dû le bon état de conservation des édifices récemment mis au jour (hékatompédon à abside, Daphnéphoreion). De même, le bâtiment en forme de ruche, adossé à la colline sur laquelle se trouve le temple, présente en façade des fondations conservées sur une hauteur de 1 m, alors que sur les longs côtés, où elles reposent directement sur le sol, leur hauteur préservée est bien inférieure. On a pu constater, dans ce même édifice, que les dalles sur lesquelles s'appuyaient les poteaux de bois, n'existaient pas seulement aux angles intérieurs du mur, mais de part et d'autre des antes également : c'est un trait commun à la « Hutte de laurier » et à la « Ruche ». Pour le reste, en revanche, les deux édifices répondent, dans leur structure, à des intentions différentes : au puissant socle de pierres de la « Ruche », destiné à supporter des parois de brique crue, s'oppose le socle plus léger de la « Hutte de laurier », avec son ensemble de poteaux savamment disposés. Il est à espérer que la partie postérieure de la « Ruche », enfouie sous les fondations du stylobate du temple archaïque tardif, pourra être retrouvée en 1973.
Sanctuaire (d'Ényalios et d'Aphrodite ?) — De chaque côté de la bordure Ouest de l'oikos d'époque classique tardive, on a découvert un riche dépôt de céramique géométrique mêlée à de la brique crue de même époque. Ces restes, comme ceux du bothros trouvé en 1971, attestent la présence d'un bâtiment où étaient exposés les vases consacrés au culte ; il fut remplacé, à l'époque archaïque ancienne, par un nouvel édifice, dont rien n'est conservé, à l'exception peut- être d'une murette incurvée. Le propylon et le mur de téménos ne paraissant pas être antérieurs à la fin du IVe siècle, il faut penser que les fondations plus anciennes ont été rasées au moment de la construction du grand bâtiment d'époque classique tardive.
A l'Ouest du propylon, donc à l'extérieur du sanctuaire, on a recueilli un col de cruche du style West-Slope, avec une dédicace (incisée) à Aphrodite (fig. 246). Il est donc possible que le sanctuaire ait été consacré conjointement à Arès et à Aphrodite (voir BCH 96 [1972], p. 764). La présence de cratères et de vases à boire, le plan même du temple qui rappelle celui d'une maison, donnent à penser que ce sanctuaire abritait des banquets. En façade, le temple était peut-être précédé d'un jardin.
Nouveau palais, entre les palais I ert II — L'épaisseur du remblai n'a pas permis le dégagement complet de ce bâtiment construit vers 400 av. J.-C. Dans la partie Ouest, ensevelie aussitôt après la prise d'Érétrie par les Romains, on n'a rien retrouvé du mobilier : cela signifie que les habitants du palais, qui étaient probablement des Macédoniens ou des Érétriens favorables à la Macédoine, ont eu la possibilité d'emporter leurs biens avant d'abandonner la ville.
De ce palais, qui témoigne d'une architecture très soignée, on a reconnu jusqu'à présent plusieurs grandes pièces ouvertes sur une cour. Le travail des orthostates évoque la haute époque classique. Le mur Ouest est constitué par un mur de maison doublé par un mur de protection, mais ici les deux murs ne se confondent pas comme dans le palais II. Au-delà, entre le palais et l'enceinte, court le chemin de ronde, qui longe également la façade Ouest du palais I. Le mur Sud a été reconstruit, dans sa moitié Est, de façon grossière, à l'époque où la ruelle qui borde le palais II n'était pas encore comblée.
Partie Sud du palais I — On a pu reconnaître la limite Sud des constructions ajoutées au Sud du palais après 198. Cet ensemble de boutiques et d'ateliers est de grand intérêt pour l'histoire de l'artisanat et du commerce.
Tronçon Ouest de l'enceinte — Dans sa partie Ouest, l'enceinte, élevée aux environs de 400 av. J.-C, est maintenant dégagée sur une longueur de 230 m. L'histoire de ce tronçon, qui comporte trois tours, est moins complexe que celle de la Porte Ouest. Le socle de calcaire de la courtine et des tours domine le lit du torrent (fig. 244). Entre les tours, on voit un mur de soutènement qui a été plusieurs fois restauré avant 198 av. J.-C, date à laquelle le lit du torrent fut déplacé vers l'Ouest, à l'endroit qu'il occupe actuellement. Ce mur date de 550 environ et il est contemporain du plus ancien dispositif conservé à la Porte Ouest. Au mur primitif appartient une tour rectangulaire dont la façade a disparu lors de la construction d'un mur de terrasse postérieur. Une autre tour a été découverte cette année entre T 1 et T 2 (voir BCH 96 [1972], p. 760, flg. 399) : sous la tour, qui fut reconstruite au Ve siècle, se trouvait une fosse, comblée après la prise d'Érétrie par les Perses. Parmi les tessons recueillis dans le remplissage, le plus récent date du début du Ve siècle ; les autres, pour la plupart, remontent au milieu du VIe siècle. A une profondeur de 6,50 m, on a trouvé dans la fosse quatre blocs de pôros présentant des rainures et des mortaises destinées apparemment à assujettir ces blocs à des éléments de bois et de brique crue : on peut supposer qu'ils proviennent du parapet de la tour, dont l'élévation devait être en brique crue, sauf un, qui constituait le linteau de la porte (fig. 247). Ce dernier bloc, profond de 0,475 m et haut de 0,24 m, est conservé sur une longueur de 1,22 m ; sa longueur réelle était de l'ordre de 1,50 m. On peut restituer une porte large de ±0,90 m, correspondant à une tour large elle-même de 2,80 m environ. La faible hauteur de ce linteau paraît impliquer l'existence d'un triangle de décharge [la découverte, en 1973, par Mlle , de graffites archaïques sur deux de ces blocs permet de reconstituer, en fait, une margelle rectangulaire à deux bassins : il faut donc considérer que la « fosse » était un véritable puits, dont la présence à cet endroit reste à expliquer].
Entre les tours T 1 et T 2, la courtine présente à un seul endroit un appareil de médiocre qualité correspondant à une brèche qui pourrait être attribuée à la guerre chrémonidéenne. Comme la réfection descend plus bas que le socle de l'enceinte, il est probable que les assaillants se livrèrent à un travail de sape, qui fit s'effondrer cette partie du mur. Les Romains ont aussi, vraisemblablement, endommagé ce tronçon en 198 ; ainsi s'expliquerait la présence du monticule de brique crue, derrière T 1, qui recouvre la partie Ouest du « nouveau palais » (alors que dans le secteur de la Porte Ouest l'élévation de brique crue paraît avoir bien résisté).
Façade occidentale de la ville à l'époque de la fondation — La présence, derrière le mur de soutènement archaïque, d'épaisses couches horizontales datant des époques géométrique et archaïque ancienne, comparables à celles qu'ont observées et au Sud de la Porte Ouest, atteste l'existence d'un mur plus ancien. L'audacieuse entreprise qui consistait à donner au fleuve un lit profond et rectiligne, afin de barrer le passage ouvert entre l'acropole et la mer, remonte donc à l'époque de la fondation de la ville.
L'axe Nord-Sud de la ville. — Une des principales tâches à réaliser sera le dégagement de la Porte Est, dont les décombres de brique crue sont visibles en A (se reporter au plan d'ensemble, BCH 94 [1970], fig. 457). La rue qui reliait les deux portes a été repérée en F/5, où on a pu distinguer cinq périodes.
On a retrouvé en E/5 l'axe Nord-Sud, repéré naguère en E/6 par , de même que le carrefour de cette rue avec une rue parallèle au grand axe Est-Ouest.
Des fondations de pôros ont été mises au jour au Sud-Est de ce carrefour, et des fondations de calcaire à l'Est et au Nord. Ces dernières appartiennent à un grand bâtiment, transformé après une destruction survenue lors de la guerre chrémonidéenne ou en 198 : une abside fut ajoutée au milieu de sa façade Ouest. C'est de la même époque que date la grosse conduite d'eau en terre cuite qu'avait déjà découverte . Le bâtiment à abside était recouvert d'une épaisse couche de brique crue, à mettre en relation avec la destruction définitive de la ville hellénistique en 87 av. J.-C. Au-dessus, un sol dur correspond à la réoccupation, très modeste, du début de l'époque impériale.
Dans les déblais de la couche supérieure, on a trouvé le torse (hauteur conservée : 7,7 cm) d'une statuette féminine en marbre de Paros datant de 420 environ (fig. 245). Elle pourrait provenir du Thesmophorion, qui n'est pas très éloigné de ce quartier.
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