EUBEE. - Erétrie. - 1978
En 1978 l'étude du matériel et les recherches sur le terrain ont été menées parallèlement. et J. R. Gisler ont poursuivi l'examen de la céramique géométrique, K. Morgenthaler a entrepris celui de la céramique classique, tandis que I. Metzger complétait l'inventaire. La fouille proprement dite a porté sur trois secteurs :
Secteur E 5 — , assisté d'A. Altherr (Lausanne) et de (Bâle) a achevé le dégagement de la maison aux mosaïques (fig. 156-157). Celle-ci mesure 25 x 26 m et est limitée à l'Est par le mur mitoyen de la maison adjacente.
« La campagne de 1978, écrit P. Ducrey, a permis de mettre au jour l'aile orientale de la maison qui comprend notamment un pastas (sur ce terme, voir G. Krause, Arch. Anz., 1977, p. 164-179), dispositif de trois pièces composé d'un vestibule commandant deux pièces plus petites, symétriques. Les locaux situés au Sud-Est de la maison sont très endommagés. La cour à péristyle, les promenoirs qui l'entouraient, ainsi que plusieurs pièces partiellement fouillées ont été complètement dégagés, ce qui a permis quelques belles trouvailles : une seconde gargouille de terre cuite en forme de tête de lion, l'appui de la statue de marbre d'un éphèbe, dont la base avait été découverte en 1976, de nombreux fragments d'amphores panathénaïques, des fragments architectoniques, une céramique de bonne qualité, etc.
Des sondages en profondeur, pratiqués à proximité des mosaïques et en divers points de la maison ont livré une abondante céramique de la fin du Ve siècle av. J.-C., qui permet ainsi de proposer comme date pour la construction de l'édifice et pour l'exécution des mosaïques le premier tiers du IVe siècle av. J.-C.
Toute la partie Sud-Est de la maison a été bouleversée par des travaux de terrassement remontant au milieu du XIXe siècle, puis par des fouilles clandestines des années 1930. Les couches archéologiques ont été perturbées en de nombreux endroits, des murs arrachés, rendant la fouille difficile et ingrate.
La maison adjacente, dont la bordure Ouest a été mise au jour, a révélé plusieurs structures intéressantes, dont un nouvel andrôn de onze lits, au sol pavé d'une mosaïque à galets sans décor, et des murs d'une excellente facture. L'une des pièces contenait un grand pithos, effondré sur place. Au-dessous, on a découvert une couche géométrique homogène, témoignage de l'extension de l'habitat au VIIIe siècle av. J.-C.
Enfin on a procédé à plusieurs sondages dans les rues, qui permirent de découvrir ou de suivre diverses canalisations, ainsi qu'un mur de soutènement Est/Ouest, plus ancien que le mur Nord de la maison aux mosaïques.
La fouille des quatre puits de la maison a livré de la céramique du IVe siècle, ainsi qu'un fragment de statuette en terre cuite représentant un Ëros ailé montant une oie, du même moule que celle qui avait été découverte à proximité de l'édifice III (dit « sanctuaire d'Ares et d'Aphrodite »).
La maison aux mosaïques et la maison voisine ont été réoccupées au IIe siècle av. J.-C. Les murs datant de cette réoccupation contenaient deux inscriptions : un fragment de liste de noms, opisthographe, du IVe siècle av. J.-C, et une belle dédicace hellénistique à Asklépios et à Hygie.
Des travaux de restauration et de conservation des mosaïques ont été exécutés par J.-M. Lengler (Musée de Coire) et G. Passardi (Torricella). Ils visaient à la consolidation des parties endommagées. A l'occasion de ces travaux, d'importants fragments de la frise aux panthères et aux sphinx ont été retrouvés en profondeur. Ils pourront être replacés, en sorte que cette mosaïque sera pratiquement complète elle aussi. Tous les sols décorés ont été traités avec un produit durcissant le mortier. »
La publication préliminaire de cette maison annoncée dans la précédente Chronique est parue dans la revue Antike Kunst 22 (1979) fasc. 1, p. 3-21.
Sanctuaire d'Apollon. — Dans l'espace délimité par le stylobate du temple du VIe siècle av. J.-C. des dépôts archéologiques stratifiés ont livré un riche matériel géométrique. Des murs de la deuxième moitié du VIIIe siècle av. J.-C., dont la fonction reste à préciser, ont également été découverts. A. Altherr, qui a dirigé les recherches dans ce secteur, résume ainsi les résultats de la campagne de 1978 :
« Depuis la fouille de cet été dans le secteur Nord-Est du sanctuaire, il est sûr qu'une route bordait le temple à l'Est, dès l'époque archaïque. A l'époque hellénistique, une canalisation que l'on peut suivre, vers le Nord, sur près de 400 m, fut installée sous la route. Ce dernier point permet donc de faire le lien entre différents chantiers d'Erétrie : le sanctuaire d'Apollon, le secteur fouillé par , le quartier de la maison aux mosaïques mis au jour par P. Ducrey et la fontaine monumentale qui se trouvait sans doute en bordure de l'agora. On peut ainsi définir plus précisément l'articulation de certaines parties de la ville antique avec le sanctuaire d'Apollon.
En outre, il s'est avéré certain que, dès la seconde moitié du VIIe siècle av. J.-C., le sanctuaire était limité à l'Est par un péribole. Une exploration méthodique du téménos limité par ce mur enrichira notre compréhension de l'organisation d'un sanctuaire d'époque géométrique consacré à une divinité poliade et de son évolution à travers les siècles. L'étude du secteur Nord-Est a non seulement précisé la limite Est du sanctuaire, mais encore permis la découverte, en dehors de celle-ci, d'un dépôt d'objets votifs de la seconde moitié du VIIIe siècle av. J.-C. Ceux-ci ont été amassés, sur environ un mètre de haut, autour d'une construction circulaire dont la fouille précisera la fonction exacte (« bothros » semblable à celui découvert au Sud du temple du VIe siècle ?). Ce matériel, accompagné d'une grande quantité de céramique, est très proche de celui que l'on trouve, par exemple, à Rhodes (cf. par ex. C. Blinkenberg, Lindos I [1931] passim) et dans d'importants sanctuaires grecs extra muros tels ceux de Pérachora (cf. H. Payne, Perachora II [1962] passim) et d'Argos (cf. G. Waldstein, The Argive Heraeum II [1905] passim) : perles, pendentifs, scaraboïdes, scarabées — dont un très beau en pierre décoré d'une scène de musique (fig. 158) — fragments de bandeaux et de petits disques d'or parfois estampés, statuettes de faïence de type égyptien parmi lesquelles on reconnaît le dieu Thot, la coiffe du dieu Bès, etc. Relevons que beaucoup de ces objets ne s'étaient encore jamais vus à Érétrie ».
Hérôon. — « Commencées en 1964, les fouilles de l'Hérôon et du quartier archaïque qui s'est développé au Sud du monument ont été définitivement achevées en 1978 par le nettoyage d'un puits du VIIe siècle. De nombreuses vérifications ont apporté des précisions sur la succession des différentes phases et les rapports entre les constructions archaïques et les édifices classiques. La situation intra muros de l'hérôon, dès le VIIe siècle, a été confirmée. On relèvera ici l'intérêt exceptionnel de ce quartier de plus de 60 m de long, parfaitement délimité au Nord par la porte de l'Ouest, à l'Est par la rue, au Sud par un grand péribole coudé et à l'Ouest par l'enceinte qui borde la rivière (cf. Eretria VI [1978], p. 89-95) ». C. Bérard (Lausanne).
Recherches épigraphiques et topographiques. — a trouvé dans un puits moderne du sanctuaire d'Apollon un nouveau décret de proxénie, et, dans le village et sur l'acropole, plusieurs stèles funéraires. L'une d'elles porte le nom rare d'Όλβιάδης (IVe s. av. J.-C.) qui, comme celui d'Όλβιόδωρος, ne se trouve à Érétrie que dans le dème de Dismaros, où l'on devait probablement rendre un culte à Zeus Olbios. Il a également procédé à quelques raccords entre des fragments récemment trouvés et réexaminé des inscriptions déjà connues : dans IG XII 9, 249 il a pu restituer en deux endroits la mention méconnue du dème d'Aigléphèria et il a retrouvé au théâtre la base in situ du règlement eubéen sur les techniques IG XII 9, 207, fixant ainsi un terminus ante quem pour la construction du « second » théâtre. Enfin, dans la région d'Avlonari, il a découvert un fragment de catalogue agonistique relatif aux Tamynéia et, peut-être, l'emplacement de l'hippodrome où se livra, en 348, la bataille entre les Athéniens et les Eubéens.
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