CORINTHE - 1980
Antiquité - Archaïque - Classique - Hellénistique - Romaine
Archaia Korinthos, Palaia
Fouilles de l'École américaine. — En 1980 les recherches menées par ont porté sur le secteur Nord-Est du forum, c'est-à-dire essentiellement la piste de course et les abords de la ligne de départ (v. plan fig. 19). On trouvera un rapport détaillé sur cette campagne dans Hesperia 50 (1981), p. 1-44.
1) Piste de course. — La piste et la plate-forme de départ connurent plusieurs phases. Les plus anciens vestiges conservés consistent en une croûte de pôros, découverte cette année au-dessus du sol vierge — remblayé par place — et qui a fait disparaître toute trace d'une éventuelle piste antérieure. Ces vestiges sont assignables au début du Ve siècle av. J.-C. La ligne de départ affecte la forme d'un arc de cercle de très grand rayon. Elle est constituée par une série de blocs de pôros pourvus chacun de deux rainures et enduits d'un mortier de chaux peint de couleur bleu-noir (fig. 20). Chacune des places — au nombre de dix-sept — était désignée par une lettre peinte en rouge entre les deux rainures. Celles-ci, rectangulaires en plan et triangulaires en coupe, présentent quelques irrégularités, apparemment non significatives, dans la disposition et l'espacement. Les places des concurrents sont numérotées de A (au Sud) à Π (au Nord), le Ϝ étant noté après l'Ε, le H à la neuvième place, séparé du Ζ par une lettre effacée, et le Ξ omis entre le Ν et l'Ο. Toutes ces lettres ont très visiblement été peintes une première fois puis repassées après un certain laps de temps. La piste elle-même était recouverte chaque année d'une nouvelle couche de poudre de pôros, qui était peu à peu tassée par l'action conjuguée du piétinement et des intempéries.
Si la ligne de départ a été retrouvée en assez bon état, il ne reste rien, en revanche, des deux caniveaux qui bordaient la piste de part et d'autre, ce qui interdit de déterminer la largeur de celle-ci. La limite Sud peut cependant en être fixée approximativement par la position d'un hérôon, construit au début du VIe siècle av. J.-C. à 60 m au Sud-Ouest de la ligne de départ, et que la piste classique dut respecter, mais dont elle rogna apparemment l'angle Nord-Ouest. A 158 m au Sud-Ouest de la ligne de départ se dresse, noyé dans la couche de pôros, un pilier rectangulaire qui se trouvait sans doute au bord de la piste dont il marquait l'extrémité Ouest. La piste ne pouvait en effet guère se prolonger au-delà de cette borne, et sa longueur n'excédait de toute façon pas 165 mètres, puisqu'elle rencontrait à cet endroit une rue de 4 m de large à caniveau axial, bordée, de l'autre côté, par le Bâtiment aux amphores puniques. Cet édifice du Ve siècle av. J.-C. se trouvant à 170 m de la ligne de départ, la longueur de la piste était nécessairement inférieure à un stade.
A la fin du Ve siècle ou au IVe siècle av. J.-C., une seconde ligne de départ se superposa à la première, qui était encore apparemment en bon état. Bien qu'on n'en ait retrouvé aucun élément in situ, il paraît certain qu'elle occupait le même emplacement et avait la même forme que la précédente. Sa construction fut probablement rendue nécessaire par l'exhaussement progressif de la piste, dû à l'épandage annuel de pôros broyé, et peut-être aussi par le désir de corriger les irrégularités des rainures des blocs de départ. Enduite de ciment noir à l'origine, puis refaite par deux fois en ciment blanc, la seconde plate-forme fut ainsi surélevée de 2,7 cm par rapport à la piste originelle, qui demeura en usage.
Lorsqu'on mit en place, après 270 av. J.-C., une troisième ligne de départ, l'orientation initiale fut modifiée, et le plan incurvé abandonné au profit d'un plan rectiligne. Construite en ciment sur lit de cailloutis, la nouvelle ligne comportait, à chacune des places de départ, un bloc de pôros rectangulaire à double rainure. Elle mesurait 17,20 x 1,36 m et était prévue pour dix-sept concurrents, mais l'aménagement ultérieur d'un dispositif complexe pour donner le départ réduisit à seize le nombre des places : un bloc de ce dispositif, placé au milieu de la ligne, rendit en effet inutilisable la place centrale, dont les rainures furent alors bouchées. L'ensemble subsista dans cet état jusqu'en 146 av. J.-C., époque à laquelle la piste fut apparemment désaffectée.
Trois constatations se dégagent de l'étude de ces vestiges :
— La forme incurvée de la première ligne de départ exclut l'existence de couloirs parallèles et suggère que les concurrents tournaient autour d'une borne unique à chaque extrémité de la piste. L'hypothèse de couloirs parallèles groupés par deux — chaque coureur descendant par l'un pour remonter par l'autre — est en outre contredite, même à l'époque hellénistique, par le nombre impair d'emplacements et l'absence de trous d'encastrement de part et d'autre de chacun d'eux. On sait en effet que ce sont les poteaux encastrés dans ces trous qui servaient à la fois de limite de couloir et de borne à virer.
— La disposition des cale-pieds n'est pas celle que l'on rencontre d'ordinaire en Grèce et leur écartement est nettement supérieur à tout ce que l'on connaît.
— Aucun dispositif de départ élaboré ne fut mis en place avant l'époque hellénistique, voire avant la seconde moitié du IIIe siècle av. J.-C.
Tous ces éléments suggèrent que la piste de l'agora de Corinthe fut aménagée pour un type de course bien particulier (course en armes ou avec des torches ?), et non pas pour l'entraînement à des épreuves disputées ailleurs. Il est frappant de voir que, même au IIIe siècle av. J.-C., lorsqu'une nouvelle plate-forme fut construite, on conserva les particularités essentielles des précédentes au lieu d'appliquer le schéma qui s'était partout ailleurs imposé.
2) Terrasse au Sud de la ligne de départ. — La terrasse qui fut aménagée au Sud de la ligne de départ par un nivellement de la roche tendre, est bordée par un muret courbe en moellons doublé, à l'extérieur, par une "promenade" en cailloutis (fig. 21). A l'extrémité Sud-Est de la terrasse se dresse un monument isolé, dont il subsiste un tambour en pôros sur une base rectangulaire, tandis qu'à l'Ouest une volée de trois marches s'aligne parallèlement au grand axe de la piste hellénistique. On a constaté que le caniveau creusé sur l'assise supérieure du mur de terrasse se poursuivait au Sud de l'escalier, en obliquant vers l'Est pour aboutir à un troisième bassin rectangulaire taillé dans le rocher. La terrasse délimitée par ce caniveau a donc une forme ovale. Selon le fouilleur, ces découvertes remettent en question l'hypothèse en vigueur, selon laquelle la terrasse servait de tribune aux arbitres surveillant les courses : il s'agirait plutôt d'une esplanade pour les combats de boxe, de lutte ou de pancrace. Le matériel découvert dans le remblai en place derrière les trois marches de l'escalier est assignable au troisième quart du IIIe siècle av. J.-C.
3) Abords Nord de la ligne de départ. — Au Nord et au Nord-Est de la ligne de départ, une épaisse couche de tuiles recouvrait le dernier niveau contemporain de la piste hellénistique. Il s'agit d'une couche de destruction plutôt que d'un remblai, et il est tentant de la mettre en relation directe avec le sac de Corinthe par Mummius. Au-dessus se trouvent les restes de constructions rudimentaires, qui ont parfois réutilisé des matériaux venus d'un peu plus loin et témoignent apparemment d'une réoccupation par des squatters. Parmi les trouvailles de ce niveau on signale deux chapiteaux doriques de la fin de l'archaïsme et une tête en terre cuite provenant peut-être d'un fronton (fig. 22-23).
Les premiers colons romains incendièrent ces constructions et édifièrent un long portique Est/Ouest au Sud de la fontaine Pirène. Celui-ci fut, pour une raison inconnue, rapidement démoli ; ses blocs furent alors récupérés et sa tranchée de fondation comblée avec les terres provenant de celle de la nouvelle stoa édifiée immédiatement après. Hormis le matériel hellénistique correspondant à la réoccupation par les squatters, on en a extrait de la céramique et des lampes romaines contemporaines du premier portique et datables du début du Ier siècle ap. J.-C.
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