VERGINA. - 1977
En 1977 a poursuivi, sous le patronnage de l'Université de Thessalonique, l'exploration de la grande toumba, mettant au jour, sur la bordure Sud de celle-ci, trois monuments funéraires juxtaposés.
Le premier, réduit à ses fondations (9,60 x 8 m) et à quelques blocs effondrés des assises supérieures, était construit en élévation au-dessus du sol. Un rapide examen des fragments architecturaux invite à le dater du troisième quart du IVe siècle av. J.-C. Sa destination n'est pas absolument claire, mais il semble qu'il s'agisse d'un sanctuaire plutôt que d'une tombe.
Les deux autres monuments étaient recouverts par un tumulus en terre rouge (identique à ceux de la nécropole de Vergina) que des fragments de céramique brûlée, associés à des ossements d'animaux calcinés, permettent de dater exactement de la même époque. Le tumulus mesure environ 20 m de diamètre et sa hauteur devait dépasser 4 m. L'une des deux tombes est une « ciste » (2,90 x 4,30 m) de construction particulièrement soignée, comme en témoigne le cadre d'anathyrose ménagé sur les dalles de couverture en pôros. Intégralement pillée, elle ne contenait plus que quelques tessons de plats estampés et les fragments d'une coquille en marbre, mais ses parois — à l'exception de la paroi Ouest — étaient décorées de fresques qui sont de véritables chefs- d'œuvre de « grande peinture ». Les trois silhouettes féminines qui ornent le long côté Nord et le personnage assis représenté sur le petit côté Est s'inscrivent dans la tradition classique telle que nous l'ont conservée les lécythes blancs de la fin du Ve siècle. Mais la grande fresque de la paroi Nord, qui représente Pluton enlevant Perséphone (fig. 147) résume tous les acquis de l'art pictural au cours du IVe siècle : conquête de l'espace, audace de la composition, valeur plastique des mouvements, jeu des couleurs et des lumières.
La tombe à chambre monumentale dont la découverte a été annoncée brièvement dans la précédente Chronique (v. BCH 101 [1977], p. 601) se trouvait à une faible distance vers le Nord-Ouest, à peu près au centre du tumulus primitif. On en a d'abord dégagé la façade, en commençant par les parties hautes (fig. 148). Immédiatement au-dessous du geison, décoré de motifs polychromes, se développe, sur 5,56 m de long et 1,16 m de large, une frise peinte avec une maîtrise remarquable qui représente une scène de chasse. Un second geison protège l'entablement dorique qui conservait aussi des traces de polychromie. La porte, contrefortée à l'extérieur par un mur en gros blocs de pôros, était intacte. On en a laissé en place les deux ventaux de marbre, pour pénétrer à l'intérieur de la chambre par la partie postérieure de la voûte. A cet endroit, les restes d'un autel (?) en briques crues élevé contre la paroi extérieure de la tombe après l'inhumation ont livré divers objets en fer ou en bronze apparemment brûlés (épées, pointes de lance, pièces de harnais). La tombe elle-même n'avait pas été pillée. Elle se compose d'une chambre carrée de 4,46 m de côté et de 5,30 m de haut, qui communique avec un vestibule (3,66 x 4,46 m) par une porte en marbre à deux ventaux qui mesure 1,30 m de large et 3,15 m de haut.
Les murs de la chambre ne sont pas décorés, mais seulement revêtus d'une couche d'enduit préparatoire assez fruste. Au milieu du mur Ouest se trouve un sarcophage en marbre presque carré (0,59 x 0,615 m ; hauteur : 0,70 m) devant lequel on a retrouvé les restes d'un lit en bois incrusté d'ivoire, d'or et de pâte de verre. Certains des objets personnels du défunt, retrouvés sur le sol, avaient probablement été déposés sur le lit. C'est à celui-ci ou à quelque autre meuble qu'appartiennent deux petites têtes en ivoire hautes de moins de deux centimètres que M. Andronicos identifie comme des portraits de Philippe II (fig. 149) et d'Alexandre (fig. 150). Le sarcophage contenait un larnax en or massif de 0,40 x 0,334 x0,171 m qui pesait 10.800 grammes (fig. 151). Il contenait des ossements calcinés et colorés de pourpre ainsi qu'une couronne d'or faite de glands et de feuilles de chêne. Le mobilier funéraire de la chambre était réparti en deux groupes : objets en bronze et en fer dans l'angle Sud-Ouest (fig. 153) ; vases en argent et en terre cuite au Nord-Ouest (fig. 154). Toute la moitié Est de la pièce était vide. Le premier groupe d'objets comprend plusieurs vases, deux trépieds, trois paires de cnémides, un casque, un diadème de section cylindrique, une épée à manche incrusté d'or et d'ivoire, une cuirasse en lames de fer articulées avec ornements d'applique en or et les restes d'un bouclier à l'intérieur d'un étui en bronze. Les vases en argent, fort bien conservés, témoignent d'une technique remarquable.
L'ouverture de la porte de communication entre la chambre et le vestibule présentait de trop grands risques pour les fouilleurs. Ils ont donc enlevé, pour s'introduire dans le vestibule, un bloc du mur séparant les deux pièces. A la différence des parois de la chambre, celles du vestibule étaient recouvertes d'un enduit d'une excellente qualité, blanc à la base des murs, rouge dans les parties hautes, avec deux bandeaux surmontés d'un kymation à la naissance de la voûte. Il semble que l'aménagement, voire la construction du vestibule se poursuivirent après la fermeture de la chambre. Contre le mur Sud un sarcophage rectangulaire en pierre (1,01 x 0,56 x 0,68 m) recouvert de débris organiques carbonisés contenait un autre larnax en or (fig. 152) un peu plus petit (0,38 x 0,32 x 0,20 m), moins lourd (8.240 grammes) et moins orné que le premier. Les ossements calcinés qu'il renfermait étaient recouverts par une étoffe exceptionnellement bien conservée dont les motifs (en bordure un méandre, au centre un calice d'où sortent des feuilles d'acanthe et des fleurs environnées d'hirondelles) se détachent en pourpre sur fond d'or. Plusieurs alabastres, une couronne de feuilles de myrte en or, un goryte revêtu de plaques d'or décorées en relief et une paire de cnémides également recouvertes de métal précieux, complètent le mobilier du vestibule (fig. 155). Comme l'a fait remarquer , le goryte a été exécuté à partir du même moule que celui de Karagodeuashkh, dont la restitution pourra être ainsi corrigée (ν. , Scythians and Greeks, p. 221, fig. 125). Les deux cnémides sont légèrement dissemblables, celle de gauche est plus courte de 3,50 cm et de forme légèrement différente.
Selon , les dimensions exceptionnelles du monument, la richesse du mobilier et la qualité de la décoration, la présence, dans les larnakes en or, d'ossements teintés de pourpre ou enveloppés d'un tissu de pourpre et d'or, tout cela indique que le défunt était d'un rang social élevé. Bien plus, la présence du diadème et des deux portraits royaux suggère qu'il était de rang royal. Si donc la datation de l'ensemble (qui, rappelons- le est fondée essentiellement sur des critères stylistiques) se situe bien dans les années 340-330 av. J.-C. et si Vergina est bien l'ancienne Aigai, alors on doit conclure que cette tombe est celle de Philippe II. C'est un faisceau de convergences — que rien ne dément mais que rien ne valide encore définitivement — qui mène à cette conclusion, dont ne se dissimule pas le caractère provisoire et hypothétique.
Un autre résultat de la campagne de 1977 a été la découverte, au centre de la toumba, d'une construction en moellons haute de 5 m et longue de 20 m environ, qui semble recouvrir un autre monument funéraire. Cette structure n'a pu être encore complètement dégagée et la poursuite des fouilles montrera si, comme on peut le supposer, elle abrite le tombeau pour lequel fut construite la grande toumba.
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