CORINTHE. - 1977
Archaia Korinthos, Palaia
Les fouilles se sont poursuivies en 1977 dans le secteur Sud-Ouest du forum ( ) et sur la colline du temple ( ).
Forum romain. — Les recherches ont été concentrées dans une aire de 15 m de large à l'Ouest de la stoa Sud. On y a mis au jour un téménos rectangulaire de 3,25 x 3 m avec socle et orthostates en pôros (fig. 36), construit pendant le deuxième quart du VIe siècle av. J.-G. sur les vestiges d'un cellier. Pendant la deuxième moitié du IVe siècle av. J.-C. l'enclos fut amputé de son mur Est par la construction de la stoa Sud, et directement accolé au mur Ouest de celle-ci. Il fut utilisé sous cette nouvelle forme jusque vers le milieu ou la fin du IIIe siècle av. J.-C., avant d'être définitivement recouvert, à l'époque romaine, par la route Nord/Sud menant à l'Acrocorinthe. L'usage cultuel du téménos, ininterrompu depuis 570 av. J.-C. jusqu'à l'époque hellénistique, est prouvé par la présence d'un support de table d'offrandes, l'emplacement d'une stèle contre le mur Ouest, et l'abondance de cendres et d'ossements calcinés dans les sols successifs. Le matériel votif est du même type que celui qu'on trouve généralement associé aux cultes héroïques, et l'on fait observer que la construction du monument coïncide dans le temps avec le renversement de la tyrannie des Kypsélides.
A 25 m au Nord-Ouest du téménos la fouille a fait apparaître une succession de niveaux d'habitation bien stratifiés. Le plus ancien, à peine exploré, date de la seconde moitié du VIe siècle av. J.-C. Il est recouvert par un bâtiment du début du Ve siècle qui connut deux phases d'occupation. Pendant la seconde, plus intensive que la première, le matériel est constitué en majeure partie d'amphores puniques, chiotes et mendéennes (fig. 38-39), qui font penser que l'on a affaire à un établissement commercial. La forte proportion d'amphores puniques lui a valu d'être désigné par les fouilleurs sous le nom de « Bâtiment aux amphores puniques ». Celles-ci servaient notamment à transporter des poissons, comme le prouvent de nombreux tessons auxquels adhèrent encore des écailles (fig. 37). Semblable constatation avait été faite sur plusieurs sites d'Espagne et d'Afrique du Nord. Au-dessus de cet établissement on a pu identifier un niveau de la fin du IIe et du début du Ier siècle av. J.-C, datation assurée par deux anses d'amphores timbrées et deux bols à reliefs en céramique grise. Cette découverte confirme que Corinthe ne fut pas désertée entre 146, date du sac de la ville par Mummius, et 44 av. J.-C., date de sa refondation par César.
Aux époques classique et hellénistique une route Nord/Sud passait entre le Bâtiment aux amphores puniques et le téménos. A l'époque romaine cette route fut repoussée vers l'Est (jusqu'au mur Ouest de la stoa Sud) et pourvue d'un porche à son débouché sur le forum. A l'Ouest on éleva un bâtiment, qui sera refait à deux reprises : d'abord au IIIe siècle ap. J.-C., puis à la suite du tremblement de terre de 551. Au-dessus se succèdent cinq niveaux de constructions byzantines et deux niveaux de la période franque.
Pour plus de détails, on se reportera au rapport complet publié dans Hesperia 47 (1978), p. 1-39.
Colline du temple. — Au Nord de la colline la rue archaïque a été entièrement dégagée. Les maisons du VIIe siècle qui bordent cette rue au Nord seront explorées au cours de la prochaine campagne (fig. 40).
A l'Est et à l'Ouest le nettoyage et l'étude des carrières ont progressé. Dans le premier secteur on a mis en évidence, au-delà des carrières romaines, une aire d'extraction plus ancienne qui est orientée différemment. Tout semble indiquer qu'elle fut en service à la fin du Ve ou au début du IVe siècle av. J.-C. La présence de cette carrière, qui avait toute chance de se trouver à l'extérieur du téménos classique, nous aide à fixer la limite Est de celui-ci, à environ 20 m de la façade orientale du temple, dans l'alignement du mur de soutènement du grand escalier Sud-Est (fig. 41). A l'époque romaine c'est le mur Ouest de la basilique qui marque la limite orientale du sanctuaire, laquelle n'est donc plus, comme à l'époque classique, parallèle à la façade du temple (fig. 42). Du côté opposé de la colline la crête rocheuse qui s'élevait en direction de la fontaine de Glaukè fut d'abord nivelée, vers le milieu du VIe siècle av. J.-C., à une vingtaine de mètres du temple. Au début de l'époque romaine, voire dès l'époque hellénistique, on exploita la pierre entre le temple et la fontaine, créant ainsi une dépression dans laquelle fut aménagée la route de Sicyone, bordée à l'Est par un mur qui constitua la limite occidentale du téménos d'Apollon (ibid). Ce mur était probablement percé, dans l'axe du temple, d'une ouverture par laquelle Pausanias aperçut la statue en bronze du dieu (II, 3, 6), ce qui répondrait aux exigences exprimées par Vitruve au livre IV du De Architectura, chapitre V.
L'exploration des carrières a fourni quelques renseignements sur les techniques d'extraction de la pierre. Celles-ci ne diffèrent guère de l'époque classique à l'époque romaine. On a retrouvé, en place et dans le remblai, un certain nombre de coins en fer qui étaient utilisés pour détacher les blocs. La profondeur maxima de la carrière Ouest est estimée à 10 m, tandis que celle de la carrière Est n'excède guère 3 m. Dans cette dernière deux plates-formes, vraisemblablement destinées à supporter des machines de levage, avaient été aménagées à l'aide de moellons et de déchets de taille (fig. 43). Parmi les trouvailles on signale un certain nombre de phiales en bronze, des vases fragmentaires et des figurines en terre cuite. Un fragment d'inscription hellénistique gravée sur une stèle de marbre fait allusion à un banquet auquel sont conviés les probouloi de la cité.
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