CORINTHE. - 1978
Antiquité - Archaïque - Classique - Hellénistique - Romaine
Archaia Korinthos, Palaia
En 1978 les recherches se sont poursuivies, comme les deux années précédentes, dans la région Sud-Ouest du forum sous la direction de et sur la colline du temple, où la fouille conduite par est en voie d'achèvement.
Forum romain — L'attention a été concentrée sur trois ensembles :
1) La poursuite de la fouille a permis de préciser le plan du Bâtiment aux amphores puniques, découvert en 1977, et sa séquence chronologique. Pendant la première phase c'est une construction de forme rectangulaire (15 x 13,30 m) bordée, sur le long côté Nord, par une cour à portique. Des blocs de pôros soigneusement taillés constituent le soubassement des murs et des colonnes. A l'Est de la cour se trouve une pièce dont le sol d'argile battue est creusé de plusieurs fosses apparemment destinées au stockage des denrées. La partie Sud de l'édifice n'a pu être encore réellement fouillée. Au cours de la phase suivante une cour intérieure est aménagée, avec accès direct depuis la rue à l'Est ; deux pièces sont ajoutées au Nord de la colonnade primitive et un nouveau porche est construit en face de celle-ci (fig. 64).
D'après le matériel associé à l'état le plus ancien (fig. 66-67) la première phase d'occupation du bâtiment peut être datée du deuxième quart du Ve siècle av. J.-C. L'abondance de fragments d'amphores puniques et chiotes témoigne, dès cette époque, de l'activité commerciale des occupants, laquelle semble toutefois confinée dans une partie de la maison. Pendant la seconde phase, au contraire, elle investit pratiquement tout le bâtiment et l'on observe un accroissement sensible de la proportion d'amphores de transport. Cette phase, que plusieurs vases en céramique fine permettent d'assigner au troisième quart du Ve siècle av. J.-C. (fig. 68), est très brève, comme le prouve l'unique sol de terre battue qui lui correspond dans les diverses pièces. La superposition de plusieurs sols dans la cour et sous le porche s'explique aisément par l'amoncellement continuel des débris d'amphores. Il semble en effet que celles-ci, une fois vidées de leur contenu — pour l'essentiel des poissons séchés (fig. 69) — n'avaient plus de valeur marchande : lorsqu'on en avait suffisamment, on les brisait sur place, on en dispersait les fragments sur le sol de la cour et du porche puis on recouvrait le tout de pôros broyé, créant ainsi un nouveau sol.
A la différence des amphores de Chios, dont on peut suivre l'évolution typologique, les amphores puniques demeurent identiques tout au long des deux phases. A ces deux groupes il faut ajouter un certain nombre d'amphores de Potidée (?). On ne peut préciser lesquelles étaient utilisées pour le transport des poissons, ni déterminer l'origine exacte de ceux-ci. Ils appartiennent en effet à deux espèces également répandues dans tout le bassin méditerranéen, la brème et le thon. La cessation de l'activité commerciale de cet établissement, à la fin du troisième quart du Ve siècle av. J.-C., est peut-être en rapport avec le début de la guerre du Péloponnèse : prise de Potidée par Athènes et blocus du golfe de Corinthe par Phormion.
2) On a repris, sous l'extrémité Ouest de la stoa Sud, l'exploration des bâtiments III et IV, dont la construction a pu être datée des environs de 400 av. J.-C. L'angle Sud-Ouest du premier a été découvert et l'on a pu constater que tous les blocs des murs et presque tous ceux de la fondation avaient été récupérés dès avant la construction de la stoa. Immédiatement à l'Ouest le bâtiment IV, qui possède une « cave » rectangulaire creusée dans le rocher, semble avoir été abandonné vers 350 av. J.-C. Entre cette date et la construction de la stoa, l'espace fut réutilisé par une installation industrielle. A signaler, parmi les rares tessons de céramique attique à figures rouges trouvés dans le remplissage de la « cave », un fragment de cratère décoré par le peintre de l'Académie.
3) Au Sud de cet ensemble, derrière les boutiques XXXI et XXXIII du portique, on a ouvert de nouveaux sondages qui ont atteint le niveau classique.
Colline du temple — Les maisons archaïques découvertes sur le flanc Nord ont été explorées. Elles se répartissent en deux ensembles, l'un à l'Ouest l'autre à l'Est. Le premier, complètement arasé, est difficile à dater avec précision, mais un terminus ante quem est fourni par la construction, au VIe siècle av. J.-C. du mur de péribole Ouest. Le deuxième groupe de maisons, antérieur à l'aménagement (vers 625 av. J.-C.) de la rue qui l'amputa au Sud, est encore partiellement recouvert par une couche de remblai contemporaine de la construction du temple archaïque (580-560 av. J.-C.) qui en date l'abandon. Les sols de ces maisons se trouvent à plus d'un mètre au-dessous du niveau de la rue. Ils n'ont malheureusement livré aucun mobilier qui permette de préciser la fonction des diverses pièces. On en est donc réduit à des conjectures pour expliquer la présence de ces constructions apparemment privées le long d'une rue bordant le sanctuaire.
Sur le flanc Est de la colline la carrière romaine a été complètement dégagée. Son comblement date bien du début du Ier siècle ap. J.-C., mais la forte proportion de céramique des VIIe-VIe siècles av. J.-C. observée dans la partie Sud doit être mise en rapport avec la construction du portique Nord (au début de l'époque romaine) qui amena nécessairement à creuser dans le remblai de la terrasse archaïque. Il ne semble pas qu'à l'Est du temple la pierre ait été exploitée dès le VIe siècle av. J.-C., contrairement à ce que l'on peut observer à l'Ouest où, lors de la construction du temple archaïque et de l'extension du sanctuaire d'Apollon, on dut tailler le rocher afin de ménager une rampe (encore visible par endroit) pour acheminer les blocs et les fûts de colonnes monolithiques. Cette rampe fut en partie détruite par la carrière romaine.
Les recherches menées cette année sur le flanc Sud ont démontré que le portique Nord découvert il y a deux ans avait son symétrique au Sud (fig. 65). On a en effet pu localiser plusieurs bases de piliers — dans l'alignement de celles qui avaient été trouvées, au nombre de trois, en 1902-1903, à l'extrémité Est de la colline — et suivre la tranchée de fondation (ou de récupération) du stylobate Nord. Le mur de fond du portique était commun avec celui de la stoa Nord-Ouest du forum, l'ensemble formant un double portique vraisemblablement couvert par un large toit en bâtière. De nombreux fragments de terres cuites architecturales (sima avec gargouilles à tête de lion, antéfixes) ont été retrouvés dans le remplissage de la tranchée de récupération ouverte au IVe siècle ap. J.-C. Le portique, dont l'extrémité occidentale a été emportée par l'érosion, se prolongeait vers l'Ouest au-delà de la façade du temple, vraisemblablement jusqu'au mur de péribole. S'il en est bien ainsi, on peut penser que le portique Nord avait lui aussi la même extension, le « propylon » jusqu'alors assigné (sur la base de simples probabilités) à l'époque romaine étant plutôt hellénistique.
Aux Ve-VIe siècles de notre ère des maisons furent édifiées au Nord, au Sud et à l'Ouest du temple — où elles utilisèrent comme fondation la carrière romaine. Entre le VIIe et le XIe siècle le site est pratiquement abandonné pour être partiellement réoccupé au XIIe : dans l'angle Sud-Ouest plusieurs fosses remplies de cendres ont livré de la céramique de la première moitié du XIIe siècle et plusieurs monnaies seldjoukides (1085-1114). Vers le milieu du siècle on aménage à cet endroit une vaste place rectangulaire de 10 x 30 m, sur laquelle empiètent rapidement plusieurs constructions, dont un atelier métallurgique. Sur les vestiges de l'habitat romain tardif et byzantin quelques tronçons de murs de l'époque ottomane ont pu être mis en évidence à l'Ouest du temple.
Parmi les trouvailles de la campagne on retiendra un fragment d'un décret hellénistique voté par l'assemblée de Corinthe en l'honneur de certains soldats et un fragment de statue cuirassée en marbre qui date de l'époque de Trajan ou d'Hadrien.
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