ÉRÉTRIE - 1972
Érétrie, fouilles de la Mission suisse. — Sur les résultats de la dixième campagne de fouilles, nous présentons le rapport de K. Schefold (AntKunst 17 [1974], p. 69-75), dont P. Auberson a bien voulu nous fournir une traduction abrégée (pour la neuvième campagne, voir BCH 97 [1973], p. 363-369 ; pour le plan général des palais I et II et de l'enceinte, voir BCH 96 [1972], p. 760, fig. 399).
Temple ď Apollon (fig. 254). — En 1972, G. Passardi a pu repérer, sous le stylobate du temple archaïque tardif, la base de pierre de l'angle intérieur Nord-Ouest de la « Ruche ». Ainsi est confirmée la longueur présumée de l'édifice ; il s'est avéré, en revanche, que les deux murs longitudinaux sont parfaitement rectilignes (cf. fig. 254 ; comparer avec le plan donné dans BCH 96 [1972], p. 759, flg. 398).
a fouillé à l'intérieur de l'hékatompédon géométrique. Deux bases de la colonnade axiale ont été dégagées. On a pu constater que la construction de l'édifice antérieur, appelé édifice К (cf. fig. 254), avait été abandonnée peu après le début des travaux (antes et façade). A juger par les vestiges conservés, le style de cet édifice s'apparente davantage à celui de l'hékatompédon archaïque qu'à celui de l'hékatompédon géométrique aux murs courbes et grêles. L'hékatompédon géométrique mesure entre 34,50 m et 35 m. Sur le sol, des offrandes de bronze ont été recueillies, dont une œillère de cheval.
Une maquette du Daphnéphoreion a été mise au point par P. Auberson (fig. 256 ; voir, pour le détail, AntKunst 17 [1974], p. 60-68). Le plan publié au moment de la découverte (cf. BCH 95 [1971], p. 1005, flg. 455) est inexact sur un point : la murette de façade est continue.
Sanctuaire (ďÉnyalios et ď Aphrodite ?). — Mme L. Kahil, assistée de L. Patocchi, a poursuivi la fouille du sanctuaire. Une céramique géométrique de très belle qualité a été recueillie et on a trouvé, devant le grand oikos, une cuve d'argile. On a aussi continué le dégagement, jusqu'aux niveaux classiques, de la route qui passe entre le palais II et le sanctuaire.
Édifice IV. — J.-M. Gard a fait progresser considérablement la fouille du bel édifice classique situé entre les palais I et II, près du mur Ouest de l'enceinte (fig. 255). On peut dès à présent reconnaître les différentes phases de l'histoire du bâtiment.
Il est constitué dans sa partie Ouest par une maison (11) et une série de cinq pièces. Deux d'entre elles, les pièces 1 et 5, ne sont pas fermées du côté de la cour, ou du jardin, alors que les trois autres pièces s'ouvrent sur cette cour par des portes (flg. 257). Les cinq pièces sont légèrement postérieures à la maison 11 et datent du début du IVe siècle. Contre le mur Sud, qui fait face au palais II, on peut restituer un léger portique de bois (des bases, qui toutefois n'étaient pas en place, ont été retrouvées) ; des portiques semblables devaient délimiter les autres côtés de la cour.
Après la guerre de Chrémonidès (267-261), tout cet ensemble est reconstruit. Comme dans le palais II, le niveau des sols est exhaussé. C'est à cette époque que la pièce 1 est fermée par un mur du côté de la cour, mais le portique Sud de la cour ne semble pas avoir été reconstruit. Dans la pièce 2 (flg. 258), préservée grâce à son double mur de protection Ouest, on a simplement recouvert le sol d'un mortier compact. Cette pièce, sans nul doute la pièce principale, servait pour les festins : une banquette, pour onze lits, borde les murs. Ces aménagements rappellent ceux de l'oikos f du palais II, à cette différence près qu'il n'y avait là place que pour sept lits : ce détail permet de supposer qu'il s'agit ici d'un édifice public. La pièce 3 (flg. 259) est transformée, après 261, en cuisine, alors que la pièce 4, subdivisée en trois parties, devient un logement comparable à la maison 11 ; le puits 6 est comblé et on élève, au Nord de la cour, pour retenir les décombres, un mur de soutènement, qui prend appui sur le mur Est de la pièce 4.
Comme l'enclos archaïque situé sous le palais I, l'édifice IV servait manifestement au culte des ancêtres. De part et d'autre des salles de banquets, les pièces 1 et 5 pouvaient faire office d'écurie. Quant à la maison 11, on imagine qu'elle était occupée par un personnage chargé d'administrer cet ensemble.
Après les destructions de 198, les pièces 1-4 et une grande partie de la cour restent enfouies sous les décombres ; les nouvelles constructions, datant du IIe siècle, sont localisées dans la partie Est de la cour (leur dégagement est prévu pour 1974) . Quant à la pièce 5 et la maison 11 , elles sont, au IIe siècle, recouvertes par les bâtiments de la partie Sud du palais I. Lors du siège de la ville par les Romains, l'édifice IV fut totalement sacrifié : tout ce qui était transportable fut alors entassé derrière le mur d'enceinte, afin de le renforcer. Dans les remblais de la pièce 4, on a découvert un trésor de cent tétradrachmes attiques du « nouveau style ». Les monnaies s'échelonnent de 155/54 à 121/20 (chronologie haute), ou de 122/21 à 88/87 (chronologie basse). Son enfouissement précède la dernière destruction d'Érétrie. Ce trésor sera publié par H. J. Bloesch.
Dans le puits situé à l'extrémité Ouest de la ruelle qui passe entre le palais II et l'édifice IV, on a recueilli un médaillon, fait de deux feuilles d'étain (diamètre : 4,2 cm). Il représente Artémis devant un autel, tenant sa lance et son arc et accompagnée d'un chien et d'une biche ; un oiseau et un lièvre sont suspendus dans le champ (fig. 262). Le revers est décoré d'une rosette à six feuilles. K. Schefold le date de la fin du Ve siècle et le compare à un médaillon en or, de même époque, de la collection Stathatos du Musée National.
Palais I (pour le plan, voir BCH 94 [1970], p. 1104, fig. 463). — Mlle , qui prépare la publication, a pratiquement achevé la fouille. G. Passardi a fait des travaux de restauration. Au cours de ceux-ci, on a trouvé un col d'amphore de la fin du Géométrique, dans un niveau sûrement daté du VIe siècle, décoré d'un cortège de danseuses, et, dans la cour e, un grand bothros ovale, avec une céramique postérieure à la destruction du bâtiment par les Perses.
Tronçon Ouest de l'enceinte — A l'Ouest de l'enceinte, le canal a été complètement dégagé, de T jusqu'au bastion de la porte Ouest. On a trouvé dix-sept nouvelles stèles funéraires datant d'avant la destruction de 198. Au cours de ces travaux, la nature de la fosse archaïque, située entre T1 et T2 (flg. 260), a été reconnue (cf. BCH 97 [1973], p. 368) : il s'agit d'un puits comportant une margelle à deux bassins ; les blocs de la margelle ont des graffites archaïques. Les tours T et T 1, ainsi que la courtine intermédiaire, avaient été détruites en 198 ; leurs décombres ont recouvert le palais II et l'édifice IV. Quant à la tour T 2, elle ne fut abattue que lors du siège de la ville par Mithridate ; elle s'est écroulée, en effet, sur les constructions du palais I datant du IIe siècle.
Édifice V. — Au Sud du palais II, le nouvel édifice a été fouillé par J.-M. Gard et A. Éberlé (flg. 261). On peut distinguer une phase archaïque et une phase classique. La disposition des pièces rappelle, en effet, le plan des constructions archaïques découvertes sous les palais I, avec, en particulier, un oikos. Les vestiges mis au jour datent de 400 environ. Dans cet édifice V, il est particulièrement intéressant de constater que s'est préservé jusqu'à l'époque classique un type de construction d'esprit archaïque, qui contraste avec les réalisations nouvelles : édifice IV et surtout palais II.
Iseion. — En septembre 1973, Ph. Bruneau a exécuté plusieurs sondages destinés à préciser la topographie et la chronologie du sanctuaire. Il a reconnu que le temple et la cour étaient entourés d'un portique sur les côtés Est et Sud. Les résultats de ces sondages sont présentés en détail par Ph. Bruneau dans son ouvrage : Le sanctuaire et le culte des divinités égyptiennes à Érétrie (Collection des Études préliminaires aux religions orientales dans l'Empire romain).
Le guide d'Érétrie (Führer durch Eretria) de K. Schefold et P. Auberson a été traduit en grec par P. Thémélis (Αρχαιολογικός Οδηγός Ερέτριας, Athènes [1973]) ; rappelons la publication, en 1972, de la Porte Ouest, par : Das Westtor (Eretria 4). Les prochains fascicules porteront sur les trouvailles de l'Hérôon ( ), les stèles ( ) et le palais I ( ).
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