FRANCHTHI - 1973
Frankhthi
Caverne Franchthi. — La cinquième campagne de fouilles, dirigée par de l'Université d'Indiana, a eu lieu en 1973 (cf. BCH 94 [1970], p. 971-973 ; 96 [1972], p. 652 et fig. 157-158, p. 653 ; Hesperia 38 [1969], p. 343-381 ; 42 [1973], p. 45-88).
A l'intérieur de la caverne, la fouille a continué en F/A à partir du niveau du Néolithique Moyen, que l'on avait atteint en 1971. La succession des couches confirme la stratigraphie établie en 1967, lors de la première saison : 1) couche mince du Néolithique Ancien ; 2) couche épaisse du Néolithique acéramique contenant une grande quantité d'os (moutons, chèvres, mais aussi porcs, cervidés et poissons) ; 3) Mésolithique. On a aussi trouvé une tombe d'enfant (fig. 88) du Néolithique Ancien ; c'est la première tombe de cette période qui soit, sur ce site, accompagnée d'offrandes : coupe miniature en marbre (fig. 86), et cruche monochrome polie.
On a également poursuivi la fouille en H 1 et H 2. Dans le carré H 1, ouvert en 1971 (cf. BCH 96 [1972], p. 652), on s'est concentré sur un espace d'environ 2 m x 2,50 m, du côté intérieur du mur du Néolithique Moyen, et on est descendu jusqu'à environ 2,50 m au-dessous du niveau de ce mur. La stratigraphie est analogue à celle de la zone située à l'entrée de la caverne, à cette différence près qu'on n'a repéré aucune trace de Néolithique acéramique. Toutefois, entre les niveaux du Mésolithique et du Néolithique Ancien, on relève des indices de perturbation, la présence d'une grande quantité de bois calciné (provenant, semble-t-il, de récipients de bois) et une tombe d'enfant, datable, d'après le contexte, du Néolithique Ancien.
On a repris la fouille à l'extérieur de la caverne, au Nord-Ouest, près du rivage. Au cours de cette campagne, trois carrés (L5, 05, Q5) ont été ouverts. La stratigraphie, qui confirme les résultats obtenus en 1971, se présente ainsi : 1) couche brun-rouge du Néolithique Moyen ; 2) couche grise contenant de la céramique du Néolithique Ancien ; 3) couche très épaisse (1,30 m), rouge jaunâtre sans aucun vestige. Toutefois, en O5 et L5, on a repéré des traces d'une occupation plus tardive (dernière moitié du IVe millénaire), contemporaine de celle qu'atteste le matériel le plus récent recueilli en F/A (à l'intérieur de la caverne). En Q5, on a mis au jour trois murs presque parallèles, orientés Nord-Est/Sud-Ouest. Ces murs, qui n'ont pas été construits simultanément, paraissent cependant avoir été en usage ensemble au Néolithique Moyen. Parmi les trois tombes découvertes dans ce secteur, deux sont datables, l'une du Néolithique Moyen, et l'autre du Néolithique Récent : cette dernière tombe avait été creusée dans un niveau plus ancien, où on a recueilli de la céramique du Néolithique Moyen et une amulette (fig. 87), d'un type déjà rencontré sur le site dans un contexte de Néolithique Moyen (cf. BCH 94 [1970], p. 975, fig. 180).
De plus, au cours de la campagne, des plongeurs de l'équipe de Porto-Chéli ont exploré la nappe d'eau située à l'extrémité Sud-Est de la caverne. Dans la vaste salle s'ouvrant sous la surface de l'eau, des tessons du Néolithique Récent et, peut-être, du Néolithique Moyen, ont été recueillis. On a aussi trouvé des objets d'époque classique et romaine, dont deux skyphoi miniature et deux protomès féminines, qui attestent l'existence d'un culte, dans la caverne, à l'époque historique.
Les résultats obtenus jusqu'à maintenant par l'exploration de la caverne et de ses abords permettent de décrire, dans ses grandes lignes, l'évolution des modes de vie sur ce site. Il n'est pas douteux, comme le souligne , que les observations faites à la caverne Franchthi apportent une contribution de première importance à l'étude des autres sites préhistoriques de l'Egée. Paléolithique : les traces d'activité humaine remontent au vingtième millénaire, mais une occupation plus ancienne n'est pas exclue. Sous un climat sec et relativement froid, l'homme pratique la chasse ; l'analyse de la faune indique, en effet, la présence d'équidés. A la fin du Pleistocene, après un important changement climatique, l'économie se diversifie : on commence à ramasser des coquillages et à cueillir des plantes sauvages (lentilles, vesces, grémii) ; l'analyse palynologique atteste l'existence de l'olivier, mais on ignore si les olives étaient consommées. Épipaléolithique : vers 8.500, un nouveau changement climatique survient, qui entraîne la disparition de certaines espèces animales, mais les activités de l'homme restent à peu près les mêmes : chasse, pêche, cueillette (pistaches et amandes abondent). Mésolithique : on observe vers 7.000 des modifications considérables. L'apparition de l'obsidienne revêt pour cette période une importance majeure : l'homme ne se contente plus de ramasser des coquillages, mais pratique la pêche au large. Vers la fin du Mésolithique, on utilise des microlithes, d'obsidienne ou de silex, pour fabriquer des instruments de pêche et de chasse. Le travail de la pierre, de l'os et des coquillages fait des progrès sensibles. Au Mésolithique, la caverne Franchthi présente plus de ressemblances avec les sites du littoral de la Méditerranée occidentale qu'avec ceux du Proche-Orient. Néolithique : à l'inverse des sites du Proche-Orient, où les modifications économiques sont lentes et progressives, la caverne Franchthi connaît de brusques changements à la fin du VIIe millénaire et au début du VIe millénaire. Les os de moutons et de chèvres apparaissent en grande quantité dans les couches datées du début du VIe millénaire, alors qu'ils étaient totalement absents des couches antérieures du Mésolithique, et il semble aussi que les céréales soient connues dès le début du néolithique : domestication des animaux, culture des céréales, fabrication de poterie, ces trois innovations paraissent contemporaines (en F/A, le niveau acéramique n'est pas établi avec une netteté suffisante). De quoi on doit conclure à l'arrivée d'éléments nouveaux dans la population de Franchthi. Jusqu'à la fin du Néolithique, ie site paraît être l'un des plus prospères de la région. On a vu enfin qu'à l'époque historique, et jusqu'au IIe siècle ap. J.-C. au moins, la caverne était devenue un lieu de culte.
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