Chronique des fouilles en ligne
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KITION. - Bamboula
Cartographie Impression Impression
Fig. 1
Fig. 2
Fig. 3
Fig. 4
Fig. 5
Informations générales
Numéro de notice 6409
Année de l'opération 2017
Date de modification 2018-05-14
Nature de l'opération Fouille - Programmée
Institution(s) CNRS, Université de Lyon 2
Ministère de l'Europe et des Affaires Étrangères (MEAE)
École française d'Athènes
Fiche(s) associée(s) 2016 - 2017
Notice
À Kition-Bamboula, S. Fourrier (CNRS, laboratoire HiSoMA) a effectué une nouvelle campagne de fouilles, en octobre 2017, dans la partie nord du site, où l’exploration des deux sondages ouverts l’année précédente a été poursuivie.
 
Dans le sondage 11, situé à l’Ouest au point le plus haut de la zone (dans un ancien jardin municipal récemment rattaché au site archéologique), on avait dégagé, immédiatement sous les couches contemporaines qui les avaient souvent entamés, une succession de niveaux allant de l’époque hellénistique au début de l’époque classique. Dans l’extension Ouest du même sondage, explorée cette année, ces niveaux avaient été traversés par un puits d’époque romaine (fig. 1). Ce dernier (locus 883) est fait de blocs de calcaire de taille irrégulière (parfois de grandes dimensions), placés en long ou en parpaing, sans mortier ni enduit. Les deux petits côtés dessinent une courbe puis, à partir d’une certaine profondeur, deviennent rectilignes. Le puits a été vidé sur près de 2,30 m sans atteindre le fond. La fouille s’est arrêtée à l’altitude absolue de 2,59 m, c’est-à-dire au-dessous du niveau du substrat rocheux dégagé dans le sondage Est, en limite du bassin portuaire. À l’altitude de 3 m environ, on note un décrochement dans l’appareil (les blocs, placés en parpaing, sont en retrait d’une cinquantaine de centimètres). Ce détail de construction comme sa forme ovale conduisent à y voir un puits à noria, ce que confirme la présence dans le remplissage de fragments appartenant à de probables godets. Le comblement était de même type sur toute la profondeur fouillée : un sédiment lâche, mêlé de gros blocs, et contenant un matériel très fragmenté et abîmé. Ce dernier se compose pour l’essentiel d’amphores et de vases utilitaires (dont des céramiques à feu), ainsi que de tuiles et de fragments de canalisations. La céramique fine est rare, accompagnée de quelques objets fragmentaires en verre. L’ensemble suggère une datation à l’époque romaine, peut-être aux IIe-IIIe s. ap. J.-C. (mais ce doit être confirmé). On ne peut pas, en revanche, s’appuyer sur la datation du sol d’usage du puits qui a été, du moins dans la partie fouillée, arraché par des perturbations récentes.
C’est la première structure de cette date qui ait été mise au jour, pour le moment, à Bamboula. Elle confirme une occupation du site à l’époque romaine (dont aucune trace construite n’avait été jusqu’à présent décelée). On peut toutefois la mettre en rapport avec l’abondant matériel amphorique, de même date, découvert dans le comblement portuaire et qui montre que Bamboula abritait encore, à cette époque, un port commercial actif. La présence de puits, permettant d’avoir accès à de l’eau douce, était évidemment indispensable dans un contexte portuaire. On peut aussi penser à d’autres activités (en particulier artisanales) nécessitant l’usage d’eau.

Dans le sondage 10, situé à l’Est du précédent, dans une zone de fort pendage, seuls les niveaux anciens sont préservés (fig. 2), immédiatement sous des interventions contemporaines (jusqu’au substrat rocheux à l’Est) et hellénistiques (bassin et fosses dans la partie Ouest). La zone fouillée peut être grossièrement divisée en trois grands ensembles, d’Ouest en Est, la stratigraphie dépendant de la pente (plus on va vers l’Est, plus l’épaisseur chronologique conservée se réduit).
À l’Ouest, une succession de sols séparés par des recharges de terre à brique, datée du Chypro-Géométrique III – Chypro-Archaïque I (IXe-VIIIe s. av. J.-C.) a coupé et oblitéré des niveaux d’occupation antérieurs (qui ne sont conservés qu’aux limites Nord de cette partie du sondage). L’absence de murs associés suggère un espace ouvert, du type cour. Au centre, on a dégagé une série de petites pièces que délimitent des murs faits d’un soubassement de pierres liées à la terre supportant une élévation de briques crues. L’espace interne était comblé de brique fondue, avec des nodules de cendres provenant vraisemblablement de l’incendie d’une armature de bois. Plusieurs niveaux superposés, parfois matérialisés par des vestiges de dallage, ont été mis en évidence, documentant une occupation continue du Chypriote Récent IIIA au Chypro-Géométrique I (XIIe-Xe s. av. J.-C.). Le matériel retrouvé comprend, pour l’essentiel, des céramiques utilitaires, des vases en pierre, des pesons et des fragments d’appliques murales, qu’accompagne une assez grande quantité d’ossements animaux. L’ensemble suggère une occupation domestique qui s’est poursuivie du Chypriote Récent au Chypro-Géométrique I. D’autres éléments sont, toutefois, de nature différente : des fragments d’objets luxueux (céramiques importées, vases de faïence, boîtes en ivoire d’éléphant), mis au rebut dans de petits fosses, indiquent peut-être la présence, à proximité, de tombes.
Enfin, à l’Est, on a très vite atteint des niveaux du Chypriote Récent IIC (XIIIe s. av. J.-C.), immédiatement sur le substrat rocheux, sous une importante perturbation contemporaine qui n’a laissé subsister que des lambeaux de vestiges construits. Le matériel recueilli comprend des productions locales ainsi que des importations égéennes, certaines de grande qualité (fig. 3).

Parmi les découvertes remarquables de cette campagne, on signalera celle d’un enchytrisme du début du XIe s. av. J.-C. (locus 889, fig. 4). La jarre (une amphore commerciale levantine) était couchée sur le flanc. Le col avait été découpé : placé à l’intérieur, il protégeait les restes d’un périnatal dont l’âge précis n’a pas encore été déterminé. Ce dernier, la tête placée vers l’ouverture et les membres fléchis, portait une perle d’ambre autour du cou et il était vraisemblablement enserré dans un linge que maintenait une fibule de bronze. Ces bijoux, rarement associés aux inhumations d’enfants, signalent le statut particulier du petit défunt. Deux petits vases placés devant l’enchytrisme : un bol (fig. 5) et un cruchon de fabrique Proto-White Painted assurent la datation de l’inhumation. La présence d’enchytrismes au sein de l’habitat, sous les sols, est bien connue à Chypre, aux XIe-Xe s. av. J.-C., en particulier à Salamine. Un autre exemple, de même date, avait été mis au jour à peu de distance, lors des fouilles françaises à Bamboula en 1976.
Mots-clés Canalisation - Habitat - Installation hydraulique - Maison - Métal - Os - Parure/toilette - Puits - Sépulture - Verre
Chronologie Âge du bronze - Bronze récent - Âge du fer - Géométrique - Antiquité - Archaïque - Romaine
Bibliographie
Référence bibliographique S. Fourrier, rapport de la Mission archéologique française de Kition (Chypre) en 2017.
Auteur de la notice Sabine FOURRIER
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