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DÉLOS. - Mur de Triarius
Cartographie Impression Impression
Fig. 1
Fig. 2
Fig. 3
Fig. 4
Fig. 5
Fig. 6
Informations générales
Numéro de notice 4771
Année de l'opération 2014
Date de modification 2015-06-05
Nature de l'opération Fouille - Programmée
Institution(s) École française d'Athènes
Fiche(s) associée(s) 2010 - 2011 - 2014 - 2016
Notice
À Délos, St. Maillot (Université de Clermont-Ferrand) a dirigé en 2014 une mission de fouille et d’étude du rempart de Triarius. Les recherches ont porté sur la portion du Mur subsistant sur la ligne de crête de la colline du théâtre, incluant l’étude de son mode de fondation et de sa technique de construction, ainsi que le relevé des vestiges : l’objectif était de préciser l’implantation de la fortification dans la topographie et dans le paysage urbain existant (fig. 1).
Le rempart, dans sa partie étudiée, se compose d’une portion de courtine (long. 26,63 m ; larg. 2,26 m) encadrée par deux bastions en saillie vers le Sud, l’un de plan quasiment carré (dim. 8,40 m x 7,76 m), l’autre en forme de losange irrégulier (fig. 2). Sur la pente au Nord, on observe deux autres portions de murs liées à la courtine : le mur Est qui descend jusqu’à la maison d’Hermès et le mur Ouest, perpendiculaire à la face Nord de la maçonnerie sommitale. Le mur Sud-Ouest peut certainement aussi être rapporté au système de défense.
L’élévation des parements est conservée de manière inégale, jusqu’à une ou deux assises pour la plupart et jusqu’à une hauteur de 1,25 m au Sud du bastion Est (fig. 3). Les parements sont construits en pierres brutes à peine équarries, de marbre et de gneiss, et avec quelques rares blocs de granit. Les parements renferment un remplissage en emplecton, constitué uniquement de blocs de gneiss liés à avec de la terre.
Le mur Est, qui relie le bastion Est à la maison d’Hermès, se compose de trois sections distinctes, dont la dernière s’apparenterait à un bouchage de rue. Le mur Ouest est lié à la face Nord du rempart à 1,50 m de l’emprise du bastion Ouest (fig. 4). Il descend perpendiculairement à la courtine et présente quatre contreforts destinés à stabiliser la construction sur une forte pente (48 %). Il s’interrompt à une distance de 16,36 m, mais on n’a pas encore déterminé s’il existait une poterne.
Le mur Sud-Ouest est en réalité constitué de plusieurs segments de maçonnerie (larg. 1 m ; long. deuxième segment 13,80 m ; long. troisième segment 11,20 m), en appareil de marbre et de gneiss peu équarris, en décrochements les uns par rapport aux autres. L’articulation entre les segments est mal ou pas conservée.
Ces observations permettent d’avancer plusieurs conclusions. L’opération de fortification a porté sur tout le versant Nord de la colline du théâtre. Les murs Est et Ouest délimitent une zone fortifiée restreinte, une sorte d’excroissance du périmètre défendu qui s’apparente à la fonction d’un castellum. À l’Est et jusqu’au talweg de l’Inopos, le rempart réutilise des murs d’habitation puis intègre la Maison de l’Hermès. À l’Ouest, le haut de la pente, sans doute restée inoccupé à cause de la forte dénivellation, est pourvu d’une construction ex nihilo assurée par plusieurs contreforts, jusqu’à une zone d’habitation encore non fouillée. Le système défensif réutilise ensuite l’urbanisme préexistant selon un mode qui reste à préciser. Il est possible que le versant Ouest de la colline ait été défendu par le mur à décochements, qui barrait la pente et faisait opposition à une incursion par le plateau, le long du koilon.
Les matériaux de construction ont été trouvés sur place, comme dans les autres secteurs du rempart : il s’agit de pierres provenant de zones de démolition, mais aussi de blocs débités pour la construction. L’ancienne carrière a très probablement été réouverte : on peut émettre l’hypothèse que les matériaux à disposition aient été insuffisants dans une zone en partie non habitée, en particulier pour permettre le remplissage interne de deux tours-bastions ; la retaille de la falaise au bord du plateau permettait d’autre part d’augmenter l’intérêt stratégique de la dépression créée par la carrière.
Deux sondages ont été ouverts au Nord et au Sud de la courtine, afin de mieux comprendre le mode d’installation du rempart à cet endroit (directement sur le rocher ou sur un habitat antérieur), la situation du rempart sur la crête (stabilité), et le mode de construction et la nature des fondations. Dans le sondage Sud, où l’observation a été plus facile, on distingue quatre niveaux (fig. 5) : une couche provenant de l’écoulement du remplissage de la courtine, un niveau antique de déchets de taille provenant de la carrière voisine ou de la retaille de blocs au moment de leur construction dans l’élévation, un niveau constituée de terre mêlée à du matériel important et divers (céramique fine et commune, mortier, os, petits coquillages, éclats de taille, éclats de verre, petits fragments de métal, rares galets) et, enfin, un niveau de déblais antiques qui comporte une abondance de matériel céramique (tessons d’amphores, de céramique culinaire, cailloutis, déchets de taille). On a pu observer que le sommet de la colline a été soigneusement préparé pour y installer la maçonnerie, avec un arasement, peut-être, de constructions antérieures. Ensuite le terrain a été nivelé, et le rempart fondé et inséré dans les niveaux identifiés à des éclats et déchets de taille qui forment un ballast. Au Sud, le terrain forme un glacis en pente raide, tandis qu’au Nord, on observe un espace plan d’environ 2 m de large, permettant un passage. Dans la partie basse de l’élévation du rempart, on observe un lit de pierre de rattrapage de niveau, puis une assise de réglage en léger débord.
L’apport essentiel de ces sondages est de montrer que la construction repose sur une fondation très étudiée, composée d’un ballast et d’une assise de réglage (fig. 6). Cette technique avait été évoquée incidemment lors des fouilles anciennes et du dégagement du rempart dans la zone Nord de la ville, mais elle avait été mise sur le compte d’un ouvrage hâtif et tardif. La construction a sans doute été rapide : un ouvrage de défense élevé en contexte de guerre n’a pas les qualités esthétiques d’un rempart de prestige en temps de paix ; elle devait en tout cas être efficace et tous les gages de solidité ont été pris.
Par ailleurs, l’établissement du rempart dans la topographie délienne et dans le paysage urbain préexistant témoigne d’une réflexion stratégique poussée. Dans ce cadre, la fortification de la zone de la ligne de crête a été particulièrement importante: le rempart bloque les incursions du Sud-Ouest, surplombe la vallée de l’Inopos à l’Est, permet la surveillance de l’ensemble du périmètre défendu de la ville et des accès maritime depuis Naxos au Sud jusqu’à Mykonos à l’Est en passant par Ténos ; enfin, la courtine et ses deux imposants bastions se voyaient de loin et constituaient un élément de dissuasion pour d’éventuelles attaques.
Mots-clés Fortification
Chronologie Antiquité - Romaine
Bibliographie
Référence bibliographique
D’après St. Maillot et al., dans le rapport de mission à Délos en 2014.
Auteur de la notice EfA
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